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  • Auteur de la discussion Auteur de la discussion Sorence
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J'avoue que c'est un peu la loose de mon point de vue, qu'il l'ait pas fait^^ M'enfin s'il avait des pensées anti-progressistes forcément...
En tout cas je le voyais difficilement autrement dans ma tête c'était trop crade ce qui était écrit pour qu'il en soit autrement^^ Oh. Omg. J'aurais vraiment dû faire autrice alors 🙃 ...jsuis également frustrée 😂
 
Mais du coup, elle serait comment, à vous, votre citadelle ? C'est ça qui m'intéresse, je crois

(par rapport à la notion d'antagoniste, c'est vrai que ça aurait été intéressant ! Mais ce qui m'intéresse ce sont les passages, par exemple celui cité par Tobold, où il est finalement relativement progressiste par rapport à ce qu'on pourrait attendre.

Par exemple, je le trouve assez lucide ici :
Chapitre V a dit:
Tel sculpteur à travers la pierre leur a montré un visage. Mais l’autre eût montré un autre visage. Et tu l’as vu toi-même des constellations : celle-là est un cygne. Mais l’autre eût pu t’y montrer une femme couchée. Il vient trop tard. Nous ne nous évaderons plus jamais du cygne. Le cygne inventé nous a saisis.

Mais de le croire par erreur absolu on ne songe plus à le protéger. Et je sais bien par où il me menace, l’insensé. Et le jongleur. Celui qui modèle des visages avec la facilité de ses doigts. Ceux qui voient jouer perdent le sens de leur domaine. C’est pourquoi je le fais saisir et écarteler. Mais certes ce n’est point à cause de mes juristes qui me démontrent qu’il a tort. Car il n’a point tort. Mais il n’a pas raison non plus, et je lui refuse de se croire plus intelligent, plus juste que mes juristes. Et c’est à tort qu’il croit qu’il a raison. Car il propose lui aussi comme absolu ses figures éphémères et brillantes, nées de ses mains, mais auxquelles manque le poids, le temps, la chaîne ancienne des religions. Sa structure n’est pas devenue encore. La mienne était. Et voilà pourquoi je condamne le jongleur et sauve ainsi mon peuple de pourrir.

Et je trouve que ce passage est une expression tellement brillante du polyamour (et d'autant plus qu'elle est inattendue) :

Chapitre LV a dit:
Ne confonds point l’amour avec le délire de possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui n’est point l’amour. Car d’aimer Dieu je m’en vais sur la route boîtant durement pour le porter d’abord aux autres hommes. Et je ne réduis point mon Dieu en esclavage. Et je suis nourri de ce qu’il donne à d’autres. Et je sais ainsi reconnaître celui qui aime véritablement à ce qu’il ne peut être lésé. [...] L’amour véritable commence là où tu n’attends plus rien en retour. Et si se montre tellement important, pour enseigner à l’homme l’amour des hommes, l’exercice de la prière, c’est d’abord parce qu’il n’y est point répondu.

Votre amour est à base de haine car vous vous arrêtez dans la femme ou dans l’homme dont vous faites vos provisions et vous commencez de haïr, pareils à des chiens quand ils tournent autour de l’auge, quiconque lorgne votre repas. Vous appelez amour cet égoïsme du repas. A peine l’amour vous est-il accordé que là aussi, comme dans vos fausses amitiés, de ce don libre vous faites une servitude et un esclavage, et commencez de la minute où on vous aime à vous découvrir lésé. Et à infliger, pour mieux asservir, le spectacle de votre souffrance. Et certes vous souffrez. Et c’est cette souffrance même qui me déplaît. Et en quoi voulez-vous que je l’admire ?

(que j'étais absolument sûr et certain d'avoir déjà posté quelque part sur ce forum, mais visiblement pas, en tout cas je l'ai pas retrouvée)

Ca a participé à mon attachement à ce livre, je crois : si lui était capable de comprendre ça dans la première moitié du XXe siècle, avec son bagage, son parcours, ses idées, alors nous-mêmes on peut avoir des intuitions qui dépassent les opinions stéréotypées que d'autres attendent de nous.
 
Dernière édition:
Ce passage est joli mais je pense pas qu'il soit si novateur, je suis sûre d'avoir lu des trucs qui évoquent déjà la distinction amour/possession dans des oeuvres romantiques (le genre littéraire) voire antérieurs (type Stendhal). Un peu écornés par le fait qu'ils finissent tous par se tuer par jalousie, mais pas davantage que ce passage de Citadelle n'est écorné par le fait que dans les premières pages, mr le sultan propose de condamner au supplice les femmes qui aiment l'amour davantage que leur foyer.


Mais du coup, elle serait comment, à vous, votre citadelle ?
Quand j'avais genre 10 ans, j'avais un monde imaginaire dans lequel plein de petites filles vivaient dans une cité organisée autour d'un arbre magique, on avait apprivoisé les animaux sauvages et on menait des guerres sanglantes envers tous les adultes des environs, nos parents avaient le droit de nous visiter une fois par an lors des portes ouvertes et on n'autorisait pas les garçons parce que ça fait trop de problèmes (ou alors, uniquement au sous-sol pour les tâches ingrates genre tourner la manivelle de l'ascenseur).
 
J'aime bien la citadelle de @Sorence 🙂
On avait tous, je pense, en étant gamins, l'art de forger ces histoires, qui permettaient l'évasion du monde lugubre des adultes.

Des années plus tard, je me rends compte que :
- Oui, le monde des adultes est lugubre. Quelle perspicacité on a quand on est gamin !
- Conserver une certaine capacité de rêverie est non seulement agréable pour tâcher de vivre plus sereinement chaque jour, mais finalement totalement indispensable à notre survie.

Il faut conserver dans un petit (ou plus grand) recoin de notre tête notre âme d'enfant, parce qu'on l'est toujours un peu, toute sa vie, qu'on le veuille ou non.
Il y a bien trop de grandes personnes qui se prennent trop au sérieux (et je retombe sur le thème du Petit Prince, vous avez vu la pirouette ?).

Ma citadelle a moi, elle serait faite de bric et de broc, de pavés et de briques disparates, inégaux, que j'aurais piochés un peu partout. Et quand je me rendrais compte qu'un bloc ne va pas, n'est pas à sa place, ou menace l'intégrité de l'édifice, hop ! Un coup de masse pour le déloger de son emplacement et le remplacer par un plus ajusté, plus adéquat.
Et au final, la citadelle prendrait tout de même forme. Peut-être très éloignée des plans de départ, mais qu'importe ?

Bonne auto-construction à tous.
 
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