La ronce c’est une putain de leçon de vie.
T’essayes de la tirer elle reste accrochée à toi, tu vas dans son sens elle se détache. Le meilleur moyen de la mettre à nu c’est de la caresser fermement pour casser un par un ses piquants, et là tu peux la prendre à pleine main - parce que sinon elle passe à travers les gants, tous les gants. Même les plus épais, qui ne font que te donner une illusion de sécurité.
Les épines, quand t’en as un éclat dans le doigt, parfois ça fait pas mal alors tu te dis que c’est pas la peine de l’enlever. Jusqu’au jour où ça finit par enfler ; là tu sors le couteau et le désinfectant (je préfère celui qui pique, parce qu’au moins comme ça t’es sûr que c’est bon).
Si tu veux des mûres t’en auras pas la première année, le seul moyen c’est d’accepter de les laisser pousser un peu. Des fois elles sont acides même quand elles ont l’air mûres. C’est pour ça que les bonnes le sont d’autant plus.
La couper ne règle rien : si tu veux t’en débarasser va falloir aller chercher la racine, et pour ça faut pas avoir peur de creuser. Profond.
Plus que ce que tu croyais, beaucoup plus…
Et surtout, une fois que c’est fait, tu te demandes si ce que tu t’apprêtes à semer valait mieux que la ronce, et que la peine que ça t’a demandé. Parce qu’après, faudra encore arroser, pailler, entretenir, récolter.
Responsable pour toujours de ce qu’on a défriché.
Mais ça, bah, fallait y penser avant, quoi.
Enfin bon. De toute façon, c’est ça ou l’humiliation et la ruine, celles d’acheter à manger pour les gosses. Qui chouinent que tel ou tel légume du jardin est pas bon. Puis changeront d’avis, un jour. Peut-être. L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre.
“… so that those who live after may have clean earth to till. What weather they shall have is not ours to rule.”
(Gandalf le Blanc)