Psychonaut

Version complète : Auto-mutilation
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Je pense pas être la seule personne par ici à m'être auto-mutilée. Mais on ne l'a probablement pas fait pour les mêmes raisons, et pas forcément de la même manière. L'auto-mutilation (qui consiste à se faire volontairement du mal, donc le terme n'est pas très adapté parce que c'est très rare de se mutiler réellement : le mot anglais "self-harm" est sûrement plus pertinent) souffre du même tabou que la drogue : c'est malsain, c'est morbide, c'est impensable qu'une personne puisse prendre du plaisir à se faire mal. Alors on n'en parle pas, et ça n'existe pas. Pourtant ça existe quand même, et ça concerne plein de gens, majoritairement des jeunes.

Ici je voudrais bien qu'on essaye de parler de l'auto-mutilation comme on le fait des drogues : sans diabolisation, sans apologie non plus.

Par contre se faire du mal peut être addictif, et également dangereux même quand ça ne laisse pas de traces. C'est fréquent aussi qu'il y ait un effet de mimétisme, en mode "cette personne a plus de coupures que moi, je vais égaliser en m'en faisant d'autres" ou "ma souffrance n'est pas légitime si je ne me fais pas aussi mal qu'elle".
Donc je demanderai aux personnes qui participent à ce thread de ne jamais quantifier les actes d'auto-mutilation. On s'en fout que ce soit une ou dix coupures, si besoin dites "beaucoup" ou "un peu", ce sera suffisant. Et évitez les commentaires laissant entendre qu'une personne qui se laisse des marques très visibles ou en a beaucoup serait plus légitime qu'une personne n'en ayant que quelques-unes, bien cachées.

Moi les pires que je me sois faites c'était pour impressionner quelqu'un. Et autant je ne regrette jamais de m'être auto-mutilée, autant je regrette de l'avoir parfois fait pour cette raison-là. Je sais pas trop comment lancer la discussion à part ça, donc c'est à vous.
Ow, sujet sensible, intime et délicat voui.

Courageux de ta part de le lancer en dévoilant cette facette de toi <3

Tridi a écrit :L'auto-mutilation (qui consiste à se faire volontairement du mal, donc le terme n'est pas très adapté parce que c'est très rare de se mutiler réellement : le mot anglais "self-harm" est sûrement plus pertinent)
Je parlerais plutôt de scarifications.


Hum, je sais pas si c'est aussi mal vu que la drogue pour être honnête. Des gens voient mes cicatrices ça arrive, la plupart du temps ils compatissent et sont désarmés "faut pas faire ça!...", mais malgré mes craintes récurrentes ne sont généralement pas dans le jugement.
...bon, j'ai bien ce contre-exemple d'une décénie en arrière, un "c'est pas dans ce sens qu'il faut couper, pour se suicider!" au milieu de rires goguenards... haaa, le lycée.

Je n'éprouve pas spécialement de plaisir à me couper. Autant la prise de drogues, outre le plaisir par anticipation et conditionnement skinerien, me fait dans certains cas (quoique relativement rares) me sentir un peu masochiste parce qu'il peut y avoir des pensées d'autodestruction derrière, et une certaine satisfaction à les mettre en œuvre (elles sont aussi un bon prétexte pour repousser mes limites auto-imposées...), autant avec les scarifs... non. C'est plus... soit un élan de haine à mon égard (ça ne m'est plus arrivé depuis quelques temps), soit (plus réccurent) un défouloir sur moi-même en fait, le temps d'un instant le désespoir se calme et je me concentre sur ce que je suis en train / viens de faire. Ca permet de concrétiser le vécu intérieur, lui donner forme, savoir pourquoi j'ai mal en quelque sorte. Là je le vois, c'est tangible, alors que quand ça reste uniquement psychique c'est trop insaisissable et me semble encore beaucoup plus insurmontable. C'est dur à décrire hein, comme sensation. Ca me fait redescendre de mes ruminations morbides vers mes sensations corporelles. Une ancre dans le monde réel pour m'éviter de partir au large. Un transfert de douleur aussi si on veut, je suis assez douillette en temps normal mais dans ces moments, ça fait du "bien". Mais c'est souvent très ephémère, quelques minutes... ensuite, il faut recommencer.

Citation :Et évitez les commentaires laissant entendre qu'une personne qui se laisse des marques très visibles ou en a beaucoup serait plus légitime qu'une personne n'en ayant que quelques-unes, bien cachées.
Pour ma part je n'ai jamais ressenti ça non plus. Que je me coupe légitime mes souffrances aux yeux d'autrui oui je le ressens, comme pour dire "tu vois que je ne fais pas semblant!", mais je n'y trouve pas proportionnel au nombre ou à la taille. Je tente au contraire de laisser le moins de marques possible, genre en appuyant avec un rasoir jetable ça picotte, ça sanguinole mais ça se résorbe vite et avec assez peu de traces indélébiles.
Le truc c'est que ça fait vraiment comme une drogue ouai, la tolérance lol, au bout d'un moment si je le fais trop souvent, je m'habitue et ça suffit plus, faut en faire des plus nombreuses, utiliser des moyens plus hards... (c'est aussi vrai si la souffrance psychique est vraiment trop importante et/ou que je n'ai pas les bonnes drogues à proximité) La dernière fois que j'ai utilisé un couteau c'était en mai 2019, plus d'un an après j'ai encore les cicatrices rouges qui se voient bien là, ba j'en tire aucune fierté ni légitimité, en été c'est la merde, je me suis grave repentie juste après les avoir faites, et suis restée en manches longues toute la belle saison, punie. Et bien sur ça n'a pas trompé mes proches hein, qui pour la plupart ont fait mine de rien, et un qui a tenté d'en parler en me disant que ça l'attristait... Ba ouai, quand ça se voit ça attriste les proches. Aaarg non vraiment j'aime pas les marques qui restent, j'évite >.<
Je pense que le fait de marquer plus ou moins fort/souvent/à différents endroits ne dépend pas que du degré de souffrance, mais aussi des stratégies de coping de la personne, de sa sensibilité à la douleur physique, du rapport qu'elle entretient avec son corps, de ce que représente cette pratique pour elle etc.
Y en a bien qui trouvent ça beau en le pratiquant d'une certaine manière pour que ça fasse des motifs, ou que ça déstresse...

Et addictif oui plutôt aussi. J'avais arrêté durant quelques années, comme le gros de mon usage de drogues d'ailleurs, je pensais l'avoir laissée derrière moi, puis je l'ai retrouvée avec la dépression, en dernier recours, après les dissos et les morphiniques. Et depuis ça revient par périodes... Dur de se défaire d'une stratégie de coping je trouve, quelle qu'elle soit.

Un des points sur lesquels les gens se trompent le plus souvent concernant les scarifs, c'est ce qui les sous-tend, enfin au moins dans mon cas. Pour eux c'est un pas vers la mort (comme pour l'usage de drogues d'ailleurs), alors que moi j'y qualifierais plutôt d'une volonté de vivre, ça me permet de m'éloigner d'un potentiel acte définitif.

Hum, oui sujet sensible...
Salut alors je ne me suis jamais scarifiée et je n’y ai jamais pensé et j’espère que ça le restera ainsi, je n’ai rien contre les personnes qui le font si c’est pour “ “extérioriser” un quelconque sentiment /ce sentir mieux dans sa peau (même si je trouve ça impossible, comment tu peux te sentir mieux dans ta peau après t’être scarifiée, personnellement je ne l’ai jamais vécu donc je ne peux pas savoir si ça vous fait “sentir” mieux ou autres) 

Mais d’un côté d’accord il y a des “douleurs” (on va dire), pour ce faire plaisir mais de là à commencer à se faire saigner honnêtement je trouve ça masain mais après comme j’ai dit ce n’est que mon avis.

J’avais une amie que je n’ai pas vue depuis longtemps, et qui elle c’était scarifier mais pas pour le plaisir juste parce qu'elle se sentait seule et un peut harceler de temps en temps et bien sur elle l’a amèrement regretté juste après,  porter des manches longues tout le temps le cacher à ses proches etc . (Au final je n'ai jamais vraiment su pourquoi elle avait vraiment fait ça, si c’était pour en “finir” ou, franchement j’en sais rien elle était très fermée sur le sujet même si j’avais quand même pas mal insisté ce qui a pus la brusquer mais je ne voulais pas qu’elle recommence ou autre)

D’ailleurs j’ai jamais vraiment  compris les personnes qui se scarifie parce qu'elles se font harceler, d’accord ya des gens qui le supporte mieux que d'autres, après ça dépend si c’est du harcèlement “violent” ou soft on va dire, mais dans les 2 cas pourquoi ? Pour en finir ?

(Désolé si y a beaucoup de “je” si mes propos sont déplacés et si mon message sert à rien)
Ba, tu vois ça exactement comme la plupart des gens voit ton usage de drogue. Malsain. Trouves-tu ça vrai pour autant?...

En tout cas moi je te trouves assez dans le jugement là quand même, on a dit sans diabolisation, tu me sembles très limite.

Sinon:
Manci a écrit :(Au final je n'ai jamais vraiment su pourquoi elle avait vraiment fait ça, si c’était pour en “finir”
[ ... ]
D’ailleurs j’ai jamais vraiment  compris les personnes qui se scarifie parce qu'elles se font harceler, d’accord ya des gens qui le supporte mieux que d'autres, après ça dépend si c’est du harcèlement “violent” ou soft on va dire, mais dans les 2 cas pourquoi ? Pour en finir ?
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Citation :Un des points sur lesquels les gens se trompent le plus souvent concernant les scarifs, c'est ce qui les sous-tend, enfin au moins dans mon cas. Pour eux c'est un pas vers la mort (comme pour l'usage de drogues d'ailleurs), alors que moi j'y qualifierais plutôt d'une volonté de vivre, ça me permet de m'éloigner d'un potentiel acte définitif.
Je ne connais pas ton amie, mais avant d'insister sur l'idée que les scarifications sont probablement effectuées pour "en finir" et demander confirmation, as-tu au moins lu ce passage? -_-'
Morning Glory a écrit :En tout cas moi je te trouves assez dans le jugement là quand même, on a dit sans diabolisation, tu me sembles très limite.


Désolé si j’ai semblé méprisant ou autre c’est pas du tout ce que je voulais “transmettre” dans mon message, c’est juste que ça m’a rappelé de mauvaises choses.

Citation :Un des points sur lesquels les gens se trompent le plus souvent concernant les scarifs, c'est ce qui les sous-tend, enfin au moins dans mon cas. Pour eux c'est un pas vers la mort (comme pour l'usage de drogues d'ailleurs), alors que moi j'y qualifierais plutôt d'une volonté de vivre, ça me permet de m'éloigner d'un potentiel acte définitif.

Morning Glory a écrit :Je ne connais pas ton amie, mais avant d'insister sur l'idée que les scarifications sont probablement effectuées pour "en finir" et demander confirmation, as-tu au moins lu ce passage? -_-'
Oui j’ai lu les 2 posts qu’il y avait sur ce topic en entier, et j’ai bien conscience qu'on peut se scarifier (J’aime pas employer ce mot) pour d’autre raisons que la “mort”, et c’est exactement ce que j’ai écrit dans mon post précédemment :

Citation :je n’ai rien contre les personnes qui le font si c’est pour “ extérioriser” un quelconque sentiment /ce sentir mieux dans sa peau (même si je trouve ça impossible, comment tu peux te sentir mieux dans ta peau après t’être scarifiée, personnellement je ne l’ai jamais vécu donc je ne peux pas savoir si ça vous fait “sentir” mieux ou autres)

Mais d’un côté d’accord il y a des “douleurs” (on va dire), pour ce faire plaisir mais de là à commencer à se faire saigner honnêtement je trouve ça masain mais après comme j’ai dit ce n’est que mon avis.
Et comme je le répète je n’ai jamais vécu cette situation donc je ne peux pas trop me prononcer sur ce topic . Ni vraiment développer mes messages .

(C’est vrai que je m’exprime mal mais ce que je veux dire par là c’est que comme n’ayant jamais été dans cette situation c’est difficile pour moi de développer plus amplement, et que du coup je ne comprends pas trop comment on peut “aller mieux” en se faisant du mal mais en tout cas si ça a marché pour toi c’est le plus important)
Citation :je sais pas si c'est aussi mal vu que la drogue pour être honnête.
en tout cas ce n'est quasiment jamais accepté comme une pratique légitime. La réaction pratiquement universelle c'est : "mais il ne faut pas !". Il y a là-dessus un vrai tabou. Même entre pratiquants.

Citation :Pour ma part je n'ai jamais ressenti ça non plus. Que je me coupe légitime mes souffrances aux yeux d'autrui oui je le ressens, comme pour dire "tu vois que je ne fais pas semblant!", mais je n'y trouve pas proportionnel au nombre ou à la taille. Je tente au contraire de laisser le moins de marques possible, genre en appuyant avec un rasoir jetable ça picotte, ça sanguinole mais ça se résorbe vite et avec assez peu de traces indélébiles.
Au départ je faisais ça de façon peu visible, juste en m'écorchant avec des aiguilles (le seul truc un peu blessant que j'avais sous la main). Puis une fille m'a prêté un manga où un personnage se scarifie et j'étais étonnée et impressionnée de voir que ce personnage s'infligeait de vraies blessures. Alors j'ai fait quelques recherches sur Internet et j'ai vu toutes les photos de bras lacérés, les plaies qui s'enchaînent avec des mises en scène emo et tout, et j'ai eu l'impression que mes blessures à côté n'étaient rien du tout, que j'avais un pallier à franchir. Un peu comme si on m'avait montré "comment faire".
C'est un phénomène assez connu dans l'auto-support des gens qui s'auto-mutilent. Les vieux forums consacrés à l'AM ont tous des règles similaires à ce sujet. On peut faire le rapprochement avec notre règle qui demande aux gens d'éviter de mentionner leurs dosages en dehors des TR / de ne pas étaler sans raison des comportements auto-destructeurs, afin d'éviter l'émulation.

Citation :Je pense que le fait de marquer plus ou moins fort/souvent/à différents endroits ne dépend pas que du degré de souffrance, mais aussi des stratégies de coping de la personne, de sa sensibilité à la douleur physique, du rapport qu'elle entretient avec son corps, de ce que représente cette pratique pour elle etc.
C'est très vrai !
Quand j'ai compris que je "marquais" beaucoup et que j'allais garder ces cicatrices toute ma vie, j'ai trouvé que la disposition classique en "parallèles" sur les avant-bras était somme toute assez moche et j'ai commencé à varier les angles et les dispositions. J'aime bien me dire que chaque "set" de cicatrices (ce que je fais en une fois) est unique. Avec les années, en s'accumulant, ça a commencé à former des motifs abstraits. Je les vois comme des tatouages un peu particuliers.
Pour info, ça marque beaucoup plus sur les parties charnues, par exemple à force égale une coupure sera plus profonde et laissera une cicatrice plus visible sur le gras du bras que sur l'intérieur de l'avant-bras. J'aurais bien aimé le savoir à l'époque... j'ai eu de grosses frayeurs où la dépersonnalisation menant à l'acte m'enlevait la conscience de ma force, et certaines blessures sont bien plus larges et visibles que je ne le souhaitais.

Citation :D’ailleurs j’ai jamais vraiment  compris les personnes qui se scarifie parce qu'elles se font harceler, d’accord ya des gens qui le supporte mieux que d'autres, après ça dépend si c’est du harcèlement “violent” ou soft on va dire, mais dans les 2 cas pourquoi ? Pour en finir ?
C'est vraiment difficile de te répondre parce qu'il y a autant de raisons de se scarifier que des personnes, et en plus il peut y avoir plusieurs raisons mélangées au sein d'une même personne.
J'ai été harcelée aussi, et puis ensuite ça s'est calmé mais je me sentais toujours très mal par rapport à mes congénères, j'étais vraiment hantée la sensation de rejet. J'étais en cours et amie avec les gens qui m'avaient blessée, alors j'arrivais pas à tourner la page, j'avais toujours peur qu'ils se retournent à nouveau contre moi. Je ressentais depuis des années une souffrance psychique insupportable et surtout impossible à formuler parce qu'au lycée ça ne se fait pas d'être malheureux, il faut être hype et extraverti et normé. Finalement je ne me souviens pas du tout pourquoi j'ai commencé à faire ça, j'ai pas trop formulé de raison consciente la première fois. J'ai sûrement juste trouvé ça rigolo à explorer, bizarre et spécial, intime et malsain, à l'image de ce qu'il se passait dans ma tête.

Par contre très vite c'est devenu un moyen d'exprimer le fait que je souffrais énormément, que j'avais terriblement besoin de compassion, et que je ne pouvais pas en trouver. J'ai retrouvé un texte qui date de cette époque :

"C'était une façon de dire au monde :
Regarde-moi ! Regarde comme je souffre ! Vois mes blessures !
Aide-moi !
Je ne peux le dire par les mots, alors je le dis par le sang (le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour la multitude).
Soigne mes plaies !
Je désirais que l'on ne fasse qu'un avec moi, et que le monde en voyant mes blessures aie aussi mal que moi.
Je voulais frapper ce monde au cœur, et le monde ne pouvait passer qu'à travers moi.
C'était un coup poté à l'Harmonie.
En ouvrant ma peau je m'ouvrais au monde. Son air touchait ma chair, mon sang le contaminait.
Je laissais ma trace sanglante sur ce monde imberbe.
Et je désirais que quelqu’un vienne lécher mes plaies."

Certes j'aurais pu le dire plus simplement, à un·e ami·e ou à un·e psy, mais après le harcèlement que j'avais vécu je n'avais aucune confiance en autrui. Encore maintenant je pense que si j'avais dit ma souffrance on m'aurait juste rejetée comme une déviante. Et puis j'avais beaucoup de fierté et j'étais incapable d'accepter de l'aide (c'était une façon de regagner de la dignité après avoir été autant méprisée).

À part ça, tu t'étonnes qu'on puisse aller jusqu'à faire couler le sang.
Chez beaucoup de personnes, l'auto-mutilation tient presque du rituel, il y a une identification qu'on peut remarquer en se baladant un peu sur Internet. Y'a clairement une mode de la coupure multiple saignante et parallèle sur les bras (en y réfléchissant, y'a plein de façons de se faire du mal, pourquoi celle-là a autant de succès ? Moi j'y fois un facteur culturel). J'ai envie de te dire, après tout pourquoi pas ? Le sang n'est que la partie la plus spectaculaire de l'affaire. Et le côté "malsain" participe justement au rituel parce qu'alors on se sent encore plus "extrême" et ça permet d'exprimer encore plus intensément les sentiments extrêmes qui sont à l'origine de cet acte.
Moi c'était aussi pour des raisons esthétiques, j'ai toujours trouvé ça très beau, encore maintenant. Et d'une beauté éphémère (le sang coagule vite) ce qui participe au potentiel addictif de ce geste.
Y'avait aussi une dimension de lâcher-prise. J'avais du mal à pleurer, à crier, j'étouffais, et là y'avait ce sang qui coulait hors de moi, c'était libérateur.
Et puis j'ai subi un viol, et cette symbolique s'y est ajoutée : j'étais traumatisée par ça bien sûr, c'était aussi inexprimable que le reste bien sûr aussi, alors la lame est un peu devenue une métaphore du sexe qui pénètre, cause de la douleur et puis s'en va en laissant une blessure qu'on va garder toute sa vie. D'ailleurs, avec un peu d'imagination, la plaie causée par une lame peut faire penser à une vulve.
Enfin, il y avait une dimension un peu bizarre de self-care : encore une fois je souffrais et que je n'étais pas soignée. Mais les blessures qui symbolisaient cette souffrance, elles, elles cicatrisaient. Je pouvais suivre leur évolution de semaines en semaines. Ça allait mieux, de façon inéluctable. Ça me faisait du bien de le constater.
(11/08/2020 03:20)Tridimensionnel a écrit : [ -> ]
Citation :je sais pas si c'est aussi mal vu que la drogue pour être honnête.
en tout cas ce n'est quasiment jamais accepté comme une pratique légitime. La réaction pratiquement universelle c'est : "mais il ne faut pas !". Il y a là-dessus un vrai tabou. Même entre pratiquants.

Citation :Pour ma part je n'ai jamais ressenti ça non plus. Que je me coupe légitime mes souffrances aux yeux d'autrui oui je le ressens, comme pour dire "tu vois que je ne fais pas semblant!", mais je n'y trouve pas proportionnel au nombre ou à la taille. Je tente au contraire de laisser le moins de marques possible, genre en appuyant avec un rasoir jetable ça picotte, ça sanguinole mais ça se résorbe vite et avec assez peu de traces indélébiles.
Au départ je faisais ça de façon peu visible, juste en m'écorchant avec des aiguilles (le seul truc un peu blessant que j'avais sous la main). Puis une fille m'a prêté un manga où un personnage se scarifie et j'étais étonnée et impressionnée de voir que ce personnage s'infligeait de vraies blessures. Alors j'ai fait quelques recherches sur Internet et j'ai vu toutes les photos de bras lacérés, les plaies qui s'enchaînent avec des mises en scène emo et tout, et j'ai eu l'impression que mes blessures à côté n'étaient rien du tout, que j'avais un pallier à franchir. Un peu comme si on m'avait montré "comment faire".
C'est un phénomène assez connu dans l'auto-support des gens qui s'auto-mutilent. Les vieux forums consacrés à l'AM ont tous des règles similaires à ce sujet. On peut faire le rapprochement avec notre règle qui demande aux gens d'éviter de mentionner leurs dosages en dehors des TR / de ne pas étaler sans raison des comportements auto-destructeurs, afin d'éviter l'émulation.

Citation :Je pense que le fait de marquer plus ou moins fort/souvent/à différents endroits ne dépend pas que du degré de souffrance, mais aussi des stratégies de coping de la personne, de sa sensibilité à la douleur physique, du rapport qu'elle entretient avec son corps, de ce que représente cette pratique pour elle etc.
C'est très vrai !
Quand j'ai compris que je "marquais" beaucoup et que j'allais garder ces cicatrices toute ma vie, j'ai trouvé que la disposition classique en "parallèles" sur les avant-bras était somme toute assez moche et j'ai commencé à varier les angles et les dispositions. J'aime bien me dire que chaque "set" de cicatrices (ce que je fais en une fois) est unique. Avec les années, en s'accumulant, ça a commencé à former des motifs abstraits. Je les vois comme des tatouages un peu particuliers.
Pour info, ça marque beaucoup plus sur les parties charnues, par exemple à force égale une coupure sera plus profonde et laissera une cicatrice plus visible sur le gras du bras que sur l'intérieur de l'avant-bras. J'aurais bien aimé le savoir à l'époque... j'ai eu de grosses frayeurs où la dépersonnalisation menant à l'acte m'enlevait la conscience de ma force, et certaines blessures sont bien plus larges et visibles que je ne le souhaitais.

Citation :D’ailleurs j’ai jamais vraiment  compris les personnes qui se scarifie parce qu'elles se font harceler, d’accord ya des gens qui le supporte mieux que d'autres, après ça dépend si c’est du harcèlement “violent” ou soft on va dire, mais dans les 2 cas pourquoi ? Pour en finir ?
C'est vraiment difficile de te répondre parce qu'il y a autant de raisons de se scarifier que des personnes, et en plus il peut y avoir plusieurs raisons mélangées au sein d'une même personne.
J'ai été harcelée aussi, et puis ensuite ça s'est calmé mais je me sentais toujours très mal par rapport à mes congénères, j'étais vraiment hantée la sensation de rejet. J'étais en cours et amie avec les gens qui m'avaient blessée, alors j'arrivais pas à tourner la page, j'avais toujours peur qu'ils se retournent à nouveau contre moi. Je ressentais depuis des années une souffrance psychique insupportable et surtout impossible à formuler parce qu'au lycée ça ne se fait pas d'être malheureux, il faut être hype et extraverti et normé. Finalement je ne me souviens pas du tout pourquoi j'ai commencé à faire ça, j'ai pas trop formulé de raison consciente la première fois. J'ai sûrement juste trouvé ça rigolo à explorer, bizarre et spécial, intime et malsain, à l'image de ce qu'il se passait dans ma tête.

Par contre très vite c'est devenu un moyen d'exprimer le fait que je souffrais énormément, que j'avais terriblement besoin de compassion, et que je ne pouvais pas en trouver. J'ai retrouvé un texte qui date de cette époque :

"C'était une façon de dire au monde :
Regarde-moi ! Regarde comme je souffre ! Vois mes blessures !
Aide-moi !
Je ne peux le dire par les mots, alors je le dis par le sang (le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour la multitude).
Soigne mes plaies !
Je désirais que l'on ne fasse qu'un avec moi, et que le monde en voyant mes blessures aie aussi mal que moi.
Je voulais frapper ce monde au cœur, et le monde ne pouvait passer qu'à travers moi.
C'était un coup poté à l'Harmonie.
En ouvrant ma peau je m'ouvrais au monde. Son air touchait ma chair, mon sang le contaminait.
Je laissais ma trace sanglante sur ce monde imberbe.
Et je désirais que quelqu’un vienne lécher mes plaies."

Certes j'aurais pu le dire plus simplement, à un·e ami·e ou à un·e psy, mais après le harcèlement que j'avais vécu je n'avais aucune confiance en autrui. Encore maintenant je pense que si j'avais dit ma souffrance on m'aurait juste rejetée comme une déviante. Et puis j'avais beaucoup de fierté et j'étais incapable d'accepter de l'aide (c'était une façon de regagner de la dignité après avoir été autant méprisée).

À part ça, tu t'étonnes qu'on puisse aller jusqu'à faire couler le sang.
Chez beaucoup de personnes, l'auto-mutilation tient presque du rituel, il y a une identification qu'on peut remarquer en se baladant un peu sur Internet. Y'a clairement une mode de la coupure multiple saignante et parallèle sur les bras (en y réfléchissant, y'a plein de façons de se faire du mal, pourquoi celle-là a autant de succès ? Moi j'y fois un facteur culturel). J'ai envie de te dire, après tout pourquoi pas ? Le sang n'est que la partie la plus spectaculaire de l'affaire. Et le côté "malsain" participe justement au rituel parce qu'alors on se sent encore plus "extrême" et ça permet d'exprimer encore plus intensément les sentiments extrêmes qui sont à l'origine de cet acte.
Moi c'était aussi pour des raisons esthétiques, j'ai toujours trouvé ça très beau, encore maintenant. Et d'une beauté éphémère (le sang coagule vite) ce qui participe au potentiel addictif de ce geste.
Y'avait aussi une dimension de lâcher-prise. J'avais du mal à pleurer, à crier, j'étouffais, et là y'avait ce sang qui coulait hors de moi, c'était libérateur.
Et puis j'ai subi un viol, et cette symbolique s'y est ajoutée : j'étais traumatisée par ça bien sûr, c'était aussi inexprimable que le reste bien sûr aussi, alors la lame est un peu devenue une métaphore du sexe qui pénètre, cause de la douleur et puis s'en va en laissant une blessure qu'on va garder toute sa vie. D'ailleurs, avec un peu d'imagination, la plaie causée par une lame peut faire penser à une vulve.
Enfin, il y avait une dimension un peu bizarre de self-care : encore une fois je souffrais et que je n'étais pas soignée. Mais les blessures qui symbolisaient cette souffrance, elles, elles cicatrisaient. Je pouvais suivre leur évolution de semaines en semaines. Ça allait mieux, de façon inéluctable. Ça me faisait du bien de le constater.
Je te remercie de m’avoir un peut plus éclairer sur le sujet et d’avoir fait une réponse aussi bien construite, à vrai dire la je ne sais pas trop quoi dire  , je suis un peux sous le “choc” de ton message.

Euhm... bon rétablissement ? (même si ça c’est passer ya longtemps je sais)



( ^◡^)っ ♡
Citation :Finalement je ne me souviens pas du tout pourquoi j'ai commencé à faire ça, j'ai pas trop formulé de raison consciente la première fois. J'ai sûrement juste trouvé ça rigolo à explorer, bizarre et spécial, intime et malsain, à l'image de ce qu'il se passait dans ma tête.

Pareil.

Citation :Chez beaucoup de personnes, l'auto-mutilation tient presque du rituel, il y a une identification qu'on peut remarquer en se baladant un peu sur Internet. Y'a clairement une mode de la coupure multiple saignante et parallèle sur les bras (en y réfléchissant, y'a plein de façons de se faire du mal, pourquoi celle-là a autant de succès ? Moi j'y fois un facteur culturel). J'ai envie de te dire, après tout pourquoi pas ? Le sang n'est que la partie la plus spectaculaire de l'affaire. Et le côté "malsain" participe justement au rituel parce qu'alors on se sent encore plus "extrême" et ça permet d'exprimer encore plus intensément les sentiments extrêmes qui sont à l'origine de cet acte.


Pareil aussi

Sinon, ce dont je me souviens, c'est que j'ai commencé à me mutiler à cause d'une personne qui faisait régulièrement des TS, j'ai du mal à retrouver les raisons exactes, mais je sais que c'est le contexte. Je pense que j'ai commencé pour "voir ce que ça fait" et que j'ai continué pour "me sentir exister". C'était une période ou je me sentais particulièrement incompris et seul, malgré le fait que j'étais entouré de gens bienveillants. La souffrance de l'adolescence peut être ?

j'ai gardé des traces un moment, mais elles ont toutes fini par disparaitre. Je me suis plus mutilé depuis, enfin, sauf une fois, ou j'ai décidé d'avoir un tatouage, processus que je trouve trèèès proche de la mutilation que ce soit dans la démarche d'en vouloir un, que le rituel de sa pratique, si ce n'est que pour le coup, bien souvent c'est une personne extérieure qui pratique la mutilation (mais pas systématiquement).
Ok @Manci, désolée d'avoir réagit au quart de tour du coup.


Moi ça a commencé avec une haine et un dégoût de moi-même, à cause de plusieurs facteurs.
L'un d'eux a effectivement été une longue période de harcèllement plutôt vénère, à force que plein de monde me répète que j'étais qu'une sous-merde, me donne des surnoms dégradants ou me roue de coups, me crache dessus, comme j'avais déjà pas super confiance en moi et d'autres problèmes, oui j'ai fini par intégrer. Et si je me détestais, quoi de plus normal que me faire du mal à mon tour?
Ensuite rapidement, j'ai compris que ça avait un potentiel de me détourner provisoirement de mes douleurs psys et oui, c'était aussi un gros appel au secours à l'époque. Aujourd'hui je suis adulte et je sais que les gens sont assez impuissants face à mes soucis, donc ça a perdu cette dernière composante.


Tridi a écrit :Y'avait aussi une dimension de lâcher-prise. J'avais du mal à pleurer, à crier, j'étouffais, et là y'avait ce sang qui coulait hors de moi, c'était libérateur.
Oui grave exactement, j'arrivais pas non plus à pleurer ni à formuler correctement les choses, je sais pas pourquoi d'ailleurs, la culture du "pleurer c'est pour les mauviettes" que j'avais peut être pas mal intégrée, ou émotions trop fortes pour les exprimer de la sorte... du coup ça permettait d'extérioriser, ça remplaçait les larmes quand j'étais ado.


Force à toi Tridi, le plus dur doit être derrière toi maintenant.


Cookies a écrit :j'ai gardé des traces un moment, mais elles ont toutes fini par disparaitre. Je me suis plus mutilé depuis, enfin, sauf une fois, ou j'ai décidé d'avoir un tatouage, processus que je trouve trèèès proche de la mutilation que ce soit dans la démarche d'en vouloir un, que le rituel de sa pratique, si ce n'est que pour le coup, bien souvent c'est une personne extérieure qui pratique la mutilation (mais pas systématiquement).
Intéressant ça, oui le geste abime la peau mais ce n'est pas pour faire mal à la base, c'est sensé être purement esthétique, et symbolique si le tatouage représente quelque chose de fort. Après si pour toi la finalité d'une scarif est de laisser une marque et que c'était ça que tu recherchais, alors je comprends l'idée.
Je trouve idiot d’abîmer un corps sain.

Mais je suis pas hypocrite, on le fait tous avec la drogue. Mais ça ne rend pas le réflexe d'autodestruction ou les sentiments négatifs et morbides moins idiots. C'est juste ce coté "mode" que je trouvais aberrants dans mon collège. Souvent (tout le temps enfait) c'était des meufs qui le faisait et j'avais l'impression que c'était comme les mecs qui se frappaient les poings sur les murs jusqu'a se faire saigner les jointures. Sauf que elles ne trouvaient de défouloirs que la dedans. A défaut de pratiquer un art martial ou de frapper le petit frère. Il faut canaliser l'énergie.

Et je me rappel avoir pensé à l'époque que c'était sans doute ça qui motivait le geste: le manque de véritable violence dans le quotidien. A force de répéter la routine et le mal être diffus on se sent déconnecté de son corps. Et la douleur reconnecte avec un aspect primal de son corps et de son esprit.
(11/08/2020 12:59)Morning Glory a écrit : [ -> ]Ok @Manci, désolée d'avoir réagit au quart de tour du coup.

Non non tkt pas je me suis mal exprimé c’est tout .

Morning Glory a écrit :Moi ça a commencé avec une haine et un dégoût de moi-même, à cause de plusieurs facteurs.
L'un d'eux a effectivement été une longue période de harcèllement plutôt vénère, à force que plein de monde me répète que j'étais qu'une sous-merde, me donne des surnoms dégradants ou me roue de coups, me crache dessus, comme j'avais déjà pas super confiance en moi et d'autres problèmes, oui j'ai fini par intégrer. Et si je me détestais, quoi de plus normal que me faire du mal?

Bhé écoute honnêtement je ne sais pas trop quoi répondre mais le plus important c’est que ces derrière toi et je ne parle pas qu’à toi mais a tout le monde de ce topic , et que tu n’y pense plus (jamais) .
Voilà un sujet que je n’avais jamais osé aborder, merci Tridi s’ouvrir ce « safe space » ici .

Personnellement je n’ai jamais connu tout le délire « rituel / photos », les fois ou j’ai pu me scarifier, c’était vraiment sans réfléchir en général j’étais sois très angoissé et déréalisé soit sujet à une très violente culpabilité. En général, des objets sur la table de nuit et devant des bouts de verre cassés, instinctivement comme dissocié je faisais ça en prenant toujours grand soin de cacher les marques (hanches, haut des cuisses, des endroits que seuls des gens assez intimes avaient l’occasion de voir), c’était hors de question pour moi que mon entourage le sache .

En lien avec le côté addictif, j’ai un toc quand je suis très anxieux, qui peut s’apparenter à de l’auto mutilation; je pousse très très fort sur mes dents toute la journée, au point de les faites bouger craquer, certains mois je le faisait tout le temps la seule qui pouvait m’en empêcher c’était de voir que mes dents devenaient branlantes ... j’ai passé pas mal de temps chez le dentiste à cause de ça .
Gros bisous à vous.

Courage à ceux qui sont dans ce tourment (en général).
rien à voir sur la motivation initiale quand on se charcute à cause d'accablement genre ORL. Les défenses immunitaires sont faibles après de vrais désintox et sevrage... On est tout le temps affecté avec des rhumes, grippes, sinusites, angines... C'est très très très chiant et ça rend dingue alors pour finir comme rien n'atteint le mal on se met à sang. On a l'intention de toucher les microbes ainsi puisque aucun remède n'y parvient. C'est un moyen dérisoire vu que le niveau physique est différent de celui physiologique.... Mais... dérisoire?? En fait pas autant que cela. Se mettre à sang revient à botter le cul aux anticorps pour qu'ils reprennent leur job... Cela peut aider...
Oula amicale, il faut prendre ce que tu dis dans le bon sens...
(12/08/2020 15:22)grivois a écrit : [ -> ]Oula amicale, il faut prendre ce que tu dis dans le bon sens...

le bon sens pour moi c'est que c'est fini. Je ne suis plus accablé.
C'est tout en ton honneur.
@grivois sur la Lyre je mets tout ce dont j'ai le droit malgré les difficultés du début quand j'ai débarqué ici... et j'ai aussi mis la composition d'une tisane pour aider qui en a absolument besoin...

La composition est unique. C'est une tisane qui a été retirée du commerce mais j'ai retrouvé sa composition.

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j'ai écrit un mail d'hommage à la marque de la tisane en question en expliquant le rôle de sa tisane dans ma rédemption pour essayer d'avoir le n° de tisane dans leur réponse... Pour mon topic... Ils m'ont répondu en me conseillant une tisane actuelle de leur commerce.
(11/08/2020 13:02)Mr Sandman2 a écrit : [ -> ]Je trouve idiot d’abîmer un corps sain.

Mais je suis pas hypocrite, on le fait tous avec la drogue. Mais ça ne rend pas le réflexe d'autodestruction ou les sentiments négatifs et morbides moins idiots.

Alors, pour commencer l'auto-mutilation, à moins d'être poussée à l'extrême, n'abîme pas un corps de manière comparable à la drogue. Pour crever d'une scarification, avoir une maladie grave ou ce genre de choses, faut le chercher ( couper vraiment trop profond, partager tes lames avec un pote ayant potentiellement une maladie sexuelle...Tiens d'ailleurs niveau "rdr" faut vraiment dire aux gens de pas partager leur lame).
Je suis un peu gênée aussi par cette idée que les sentiments négatifs et morbides sont idiots. On est censé faire quoi, sourire 24 H/24?


(11/08/2020 13:02)Mr Sandman2 a écrit : [ -> ]C'est juste ce coté "mode" que je trouvais aberrants dans mon collège. Souvent (tout le temps enfait) c'était des meufs qui le faisait et j'avais l'impression que c'était comme les mecs qui se frappaient les poings sur les murs jusqu'a se faire saigner les jointures.

C'est vrai que c'est assez fréquent au collège / lycée et que c'est souvent des filles. Après, tu peux aussi supposer que les filles ont un rapport au corps différent, souvent assez haineux en fait - notamment à l'adolescence- ce qui peut faciliter le fait de le couper et le blesser. Au-delà de ça, je pense que se couper est très visible, c'est rendre tes faiblesses visibles sur ton corps et, raison d'éducation ou autre, les filles sont souvent plus à l'aise avec le fait que leurs blessures mentales se voient.
Quand à l'effet mode, il me semble que c'est surtout une pratique assez fréquente à l'adolescence, et qu'on peut y voir un tas d'autres raisons que la mode...



(11/08/2020 13:02)Mr Sandman2 a écrit : [ -> ]Et je me rappel avoir pensé à l'époque que c'était sans doute ça qui motivait le geste: le manque de véritable violence dans le quotidien. A force de répéter la routine et le mal être diffus on se sent déconnecté de son corps. Et la douleur reconnecte avec un aspect primal de son corps et de son esprit.

Du temps où je me scarifiais j'ai toujours été mal à l'aise avec le fait de vouloir donner une explication au geste d'une personne qui se scarifie.
Quand j'étais en hôpital on était plein d'ados à se scarifier, et ce qui m'a marquée c'est que tout le monde avait une raison différente, une manière différente. Je pense que ce genre d'explication, c'est souvent quelqu'un qui se demande " pourquoi moi je pourrais me scarifier", et ça empêche tout de suite de comprendre l'autre...

D'ailleurs, les scarifications ont été présentes dans de nombreuses cultures en fait, c'est pas une pratique si incompréhensible que ça. Pour repousser les démons ou signaler une appartenance par exemple. encore des raisons différentes de celles des collégiennes.

En tout cas, l'incompréhension dont on fait preuve envers les scarifs ça peut vraiment avoir des conséquences graves... Je sais que pour ma part mes parents se sont mis à me surveiller vraiment durement après qu'ils aient découverts mes cicatrices, et j'étais si effrayée qu'ils ne me renvoient voir un psy / être enfermée que je n'osais plus me couper, or j'étais en manque, il fallait remplacer, et qu'est-ce que j'ai trouvé qui abîmait bien plus mon corps mais ne se voyait pas? Et beh l'alcool.
Il me semble que les scarifs sont certes "bizarres" pour pas mal de gens, mais qu'elles ne font au final pas tant de mal. J'espère ne pas être dans l'apologie. je pense qu'il vaut mieux éviter de se scarifier, mais vu les personnes qui fréquentent ce forum, je pense qu'il faut bien avoir conscience que quelqu'un qui se coupe, il prend pas la moitié des risques que nous on prend.
(17/08/2020 21:04)Lunatic a écrit : [ -> ]Je suis un peu gênée aussi par cette idée que les sentiments négatifs et morbides sont idiots. On est censé faire quoi, sourire 24 H/24? 

Le contraire de la morbidité c'est pas un sourire béat permanent.


(11/08/2020 13:02)Mr Sandman2 a écrit : [ -> ]C'est vrai que c'est assez fréquent au collège / lycée et que c'est souvent des filles. Après, tu peux aussi supposer que les filles ont un rapport au corps différent, souvent assez haineux en fait - notamment à l'adolescence- ce qui peut faciliter le fait de le couper et le blesser. Au-delà de ça, je pense que se couper est très visible, c'est rendre tes faiblesses visibles sur ton corps et, raison d'éducation ou autre, les filles sont souvent plus à l'aise avec le fait que leurs blessures mentales se voient.
Quand à l'effet mode, il me semble que c'est surtout une pratique assez fréquente à l'adolescence, et qu'on peut y voir un tas d'autres raisons que la mode...

Ouais j'aurais du éviter le mot "mode". Comme celui "d'idiot" d'ailleurs.
A ma décharge c'est tridi qui m'a perturbé avec son esthétique des scarifications. Je pense que j'ai cherché inconsciemment à modérer ses propos par l'offensive détourné plutôt qu'a le dire cash. C'est ma faute.

(17/08/2020 21:04)Lunatic a écrit : [ -> ]Du temps où je me scarifiais j'ai toujours été mal à l'aise avec le fait de vouloir donner une explication au geste d'une personne qui se scarifie.
Quand j'étais en hôpital on était plein d'ados à se scarifier, et ce qui m'a marquée c'est que tout le monde avait une raison différente, une manière différente. Je pense que ce genre d'explication, c'est souvent quelqu'un qui se demande " pourquoi moi je pourrais me scarifier", et ça empêche tout de suite de comprendre l'autre...

Vouloir empêcher toute généralisation ou toute projection c'est empêcher toute pensée, toute abstraction. Et surtout toute empathie, toute sensibilité.
Donc je vais pas m'en priver sous un prétexte moral ou parce que je pourrais me tromper.
Et je pense que pleins de problèmes "concrets" peuvent se regrouper sous ce que je décris, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai pris cet angle la. J'ai plus décrit la pulsion que les réels problèmes sous jacents, qui je te l'accorde peuvent être nombreux.

D'ailleurs tu as aussi tes théories, sur le fait de rendre la souffrance visible, ce qui est un très bon éclairage.

(17/08/2020 21:04)Lunatic a écrit : [ -> ]D'ailleurs, les scarifications ont été présentes dans de nombreuses cultures en fait, c'est pas une pratique si incompréhensible que ça. Pour repousser les démons ou signaler une appartenance par exemple. encore des raisons différentes de celles des collégiennes.

Yes, après je parle de mon environnement et de ma culture. Et je suis pas plus renseigné que ça sur ce phénomène ailleurs qu'ici.
Ouais je comprends que ces paroles soient perturbantes (même si je suis + indignée par le fait que Morning Glory ait été rouée de coups). Ensuite elles sont l’expression d’une réalité et il m’importe de l’assumer et de la répéter : oui, j’ai trouvé de la beauté dans mes scarifications et je ne le regrette pas.
Il m’arrive même de trouver du soulagement dans cette fétichisation : peindre des plaies sur mon bras, ou regarder des vieilles photos de blessures, me permettent de repousser le moment où je cède. Parfois, quand je vais mal, ça m’obsède comme m’obsèderait une substance.
Ce n’est pas de l’apologie car à mon avis cette pratique n’apporte rien à qui n’est pas attiré au préalable par elle. Mes cicatrices ne sont que le reflet de mon identité, elles ne portent aucun message et aucune revendication. Je n’en ai pas honte et je n’en suis pas fière. Parfois j’ai envie qu’on les aime comme j’aimerais qu’on aime mes yeux ou l’étendue de ma culture. Et parfois je voudrais qu’on les ignore comme mon bégaiement ou ma maladresse.

Mais ce cheminement est très personnel, comme le reflètent la diversité des témoignages ci-dessus. D’ailleurs merci à vous d’avoir joué le jeu et dévoilé ainsi un peu de votre intimité. Vous êtes des personnes intelligentes et sincères, et je suis certaine que ces paroles sauront toucher les personnes qui liront ce topic, qu’elles soient en quête d’un écho pour se sentir moins seules ou d’un indice pour comprendre les actes d’un proche.

Je me répète peut-être, mais se faire mal pour oublier une douleur c’est vieux comme le monde ; même les animaux le font (en captivité par exemple) ; et dans ces situations, le plus malsain c’est pas de trouver un échappatoire physique. C’est d’être dans une configuration où cet échappatoire devient nécessaire. C’est d’être harcelé, violé, moqué, battu, forcé dans une voie qui ne nous convient pas, tout ce qui mène à un tel sentiment d’emprisonnement. Je pense qu’on fait ce qu’on peut pour supporter le moment présent, et que quiconque trouve nos actes malsains ferait mieux de s’engager dans quelque cause humanitaire, ou d’aller casser la gueule au caïd du coin.

Pour les questions de terminologie, « scarification » renvoie normalement à l’acte de s’infliger volontairement des cicatrices alors qu’on parle ici plutôt de s’infliger une souffrance, ce qui peut se faire sans cicatrice. Je pense que « auto-blessure » (cf. « self-harm ») serait le plus pertinent.


Je l'aime cette nana.
J'ai commencé un livre qui s'appelle Le Livre Noir des Violences Sexuelles (Salmona) et qui parle notamment de l'automutilation comme moyen d'anesthésie (conduites dissociantes) de la mémoire traumatique. Donc si on a subi des violences sexuelles, notamment pendant le jeune âge et qu'il n'y a pas eu de soin adapté, la violence envers soi peut être un symptôme. Il faut des thérapies adaptées pour panser les blessures liées à la mémoire traumatique.

Les conduites dissociantes peuvent inclure de la violence envers soi ou envers les autres (répéter une violence subie).
Oui, en fait l'action de se faire du mal entraîne une décharge de plein de drogues endogènes : les endorphines pour calmer la douleur, de l'adrénaline à cause du sentiment de danger, des dissociatifs pour protéger de ce danger. Les sportifs connaissent bien cet état (et c'est pourquoi le sport peut devenir addictif).
Or c'est à peu près ce qu'il se passe aussi quand on subit un traumatisme : d'abord de l'adrénaline pour s'enfuir, puis une fois qu'on a compris qu'on ne pouvait pas s'enfuir, des endorphines et des dissociatifs pour moins souffrir (un trauma se déclenche quand il y a la croyance qu'on va mourir, qu'il n'y a plus d'espoir. Alors le cerveau fait en sorte qu'on ne souffre pas trop avant de mourir).

Un jour je ferai un post détaillé pour expliquer ce qu'est un trauma, mais pour le dire simplement et sans sourcer, c'est une mémoire mal digérée, qui reste intacte, comme un vécu présent, au lieu de se fondre dans l'expérience. Du coup, chaque fois qu'un élément du réel a un lien avec la violence subie, il agit comme un déclencheur (trigger) et, au lieu d'avoir une pensée de type expérience ("tiens, ça me rappelle ça"), la personne subit le souvenir en entier, du début à la fin et de façon très réaliste (sensations dans le corps, images...). C'est normal d'être secoué et traumatisé après une expérience paroxystique, mais si ça dure plus deux mois, ça devient un syndrome de trouble post-traumatique (STPT).
Pourquoi est-ce que cette mémoire est mal digérée, y'a plein de facteurs : être drogué / endormi au moment de la violence, que l'information soit trop anormale pour être traitée par le cerveau, les drogues endogènes censées protéger la personne au moment du trauma...
C'est pour ça qu'il y a des "cellules psychologiques" après un attentat : même si ça semble dérisoire, le fait d'avoir l'occasion de parler, donc de mettre des mots, des mots qui transforment le vécu brut en expérience, permet de baisser le taux de personnes traumatisées. Et c'est pour ça que les conditions de vie des personnes victimes de violences sexuelles sont importantes pour déterminer l'impact que cette violence aura sur elles : selon que l'entourage soit ou pas bienveillant envers cette expérience, qu'il y ait ou non un tabou, joue sur la formation du STPT.

Bref, quand on subit un flash-back, y'a tout qui se rejoue : adrénaline, dissociation, endorphines. Quand une personne traumatisée s'auto-blesse, ça peut être une façon d'accélérer la venue du soulagement, ou de gagner du contrôle sur ce processus. C'est clairement pas la meilleure façon et ça va plutôt enraciner le trauma que le faire passer, mais ça procure un soulagement certain. Je pense que c'est contextuel : par exemple si t'es à un cocktail et en plein flash-back parce que quelqu'un ressemble à ton agresseur, ça peut être salvateur de se pincer pour se recentrer. Par contre, si t'es dans un contexte ou tu peux en parler / pleurer / autre stratégie d'expression, à long terme il vaut mieux choisir cette tactique que continuer à enfouir.
(01/09/2020 04:26)Sludge a écrit : [ -> ] Donc si on a subi des violences sexuelles, notamment pendant le jeune âge et qu'il n'y a pas eu de soin adapté, la violence envers soi peut être un symptôme. Il faut des thérapies adaptées pour panser les blessures liées à la mémoire traumatique.

Les conduites dissociantes peuvent inclure de la violence envers soi ou envers les autres (répéter une violence subie).

Pas que les violences sexuelles d'ailleurs, les violences physiques ou psychologiques également.

J'ai eu un père toxique et une enfance où la violence était très présente, ce qui fait que je l'ai banalisée arrivée à l'âge adulte. Dans ma première relation amoureuse j'ai vécu à nouveau cette violence (mentale et physique). Et c'est vrai qu'il y avait une certaine forme d'addiction car quand je retrouvais cette violence dirigée envers moi c'était comme retrouver quelque chose de familier et il m'arrivait de provoquer les situations violentes (et même d'être violente envers l'autre même si c'était plus rare que l'inverse). C'était inconscient à l'époque.

C'est pas à proprement parler de l'auto-mutilation mais c'est comme si je cherchais à retrouver cette violence inconsciemment je provoquais les situations où j'allais me faire insulter, cogner, etc. 
Parce que y a cette sensation de se sentir profondément vivant à ce moment là, ce sont des moments extrêmement forts. Je voulais me faire du mal mais j'utilisais l'autre pour y parvenir. ça me paraît encore pire...

Quand j'ai fait ma dépression j'ai commencé à avoir des phases d'auto-mutilation mais j'allais jamais vraiment loin, j'ai toujours été très dégoûtée par le sang, les blessures physiques. Je me disais que j'étais tellement une merde que j'arrivais même pas à me faire du mal et que j'étais également trop faible pour me suicider (raisonnement absurde et erroné, je le sais aujourd'hui). Du coup j'ai choisi la drogue. 

Ah et aussi je me ronge les ongles sévèrement parfois jusqu'au sang depuis l'enfance, ça peut paraître anodin mais pour moi c'est vraiment problématique et ça m'a souvent valu des remarques désobligeantes : "c'est moche et sale !"
"tu devrais avoir de beaux ongles en tant que femme" (et hop le sexisme c'est gratuit)), "tu t'abimes les dents et tu vas chopper plein de maladies à mettre te doigts dans ta bouche", "pourquoi tu fais tout le temps ces gestes avec tes doigts, c'est bizarre".
Les gens ne comprennent pas que je n'ai pas réussi à arrêter naturellement (j'ai essayé toutes les méthodes recommandées). Apparemment ça peut être considéré comme un acte auto-mutilatoire et un trouble du contrôle des impulsions (onychophagie). 

Courage à tout ceux qui connaissent ces difficultés et tout comme avec la drogue, se libérer de sa culpabilité est un premier pas pour aller mieux
Oui tout à fait son livre parle beaucoup des violences sexuelles mais elle indique que les conduites dissociatives en vue d'anesthésier la mémoire traumatique sont le fruit de toutes les violences traumatisantes. Il vaut vraiment le coup à lire. Il y aussi son site https://www.memoiretraumatique.org/
Citation :Pourquoi est-ce que cette mémoire est mal digérée, y'a plein de facteurs : être drogué / endormi au moment de la violence, que l'information soit trop anormale pour être traitée par le cerveau, les drogues endogènes censées protéger la personne au moment du trauma...

Ou que la douleur était trop forte sur le coup pour la gérer totalement, l'affronter.. Notre mécanisme de survie fait qu'on se dissocie du coup (cas des viols etc...) ou consciemment on s'en coupe : cas des deuils qu'on veut pas affronter juste apres le décès de qqn, si y'a un enterrement et des choses administratives à gérer. Ou qu'on a l'impression que la douleur va nous faire plonger dans un trou où toute notre vie va basculer.

Rare sont ceux qui vont jusqu'au bout de la douleur.. C'est aussi sociétale. Nos proches ne veulent pas qu'on aille jusqu'au bout parfois. Et nous mêmes on en a peur, on se dit qu'on plonge dans qqch d'inconnu.
Je pense après le décès d'une personne très chère, si on se laisse aller dans cette douleur inconsolable jusqu'au bout, on la traverse, on en garde quasiment plus rien. Juste le doux souvenir de l'être aimé. Mais ça donne le vertige rien qu'à y penser..
Je sais que le topic date du mois dernier mais après l’avoir lu dans son entièreté, je peux pas m’empêcher de remercier les gens qui y ont participé, notamment je l’avoue Tridimensionnel, dont le discours m’a vraiment marqué de par sa pertinence, et dans lequel je me suis évidemment retrouvée
Bravo aux personnes qui ont osé parler, courage à celles qui tentent de le faire, et bisous à ceux qui préfère rester silencieux Smile
Yo, tant mieux si ça a fait mouche ! Et peu importe l'ancienneté du topic, quiconque peut le remonter à n'importe-quel moment Smile
Ca me saoule, depuis petit j'ai cette habitude débile de me faire mal aux dents pour me détendre, quand j'avais des dents de lait ça allait de les faire bouger tomber plus vite que prévu, ça repoussait mais passé cet âge là ça craint, je veux pas me retrouvé sans dents à 40 ans .

Je le fais plus en permanence comme quand j'étais enfant mais par période, maintenant c'en est une, c'est terrible car c'est ultra addictif, à chaque fois c'est hyper long que j'arrive à arrêter de faire ça d'autant que souvent, je me retrouve en train de le faire sans même m'en rendre compte >.<

J'espère que c'est pas trop hors sujet mais je pense que c'est un peu une forme d'auto-mutilation dans le sens où je fais du mal à mon corps .
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