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rosiernain
(Psychonaute en devenir)


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une traversée avec 5g de champignons hollandia 4
Topic du message Nom du forum
une traversée avec 5g de champignons hollandia Champignons, DMT et tryptamines
Message
Ayant microdosé (avec des truffes) avec bonheur depuis quelques semaines seul et avec des amis, on décide avec mon ami A. de prendre une dose plus forte
 (pour le contexte voir mon post « psychédéliques et guérison, une rétrospective perso » dans Discussions générales/Psychonautique )
 
Ca ne fait même pas 1/4 d’heure qu’on a ingéré les «petits frères » ,
[comme les appelle  Maria Sabina, la sage aux champignons sacrés (ed Point seuil sagesse ) ]
 
Oh là là, ça monte vite, trop vite; quelque chose qui me saisit de l’intérieur, une sorte d’intensité, de vulnérabilité, d’hypersensibilité qui m’envahit; je ne m’attendais pas à une telle montée; je flippe. La dose est trop forte, je le sens.
Je voulais faire un vrai voyage  mais modéré ; là, je sens que ça va être très fort, trop fort, peut-être.
Pour A. les effets sont doux, presque décevants; on a pris tous les deux 5g.
On aurait dû faire 2 ou 3g pour moi, 7 ou 8 g pour lui, me dis je.
La dernière microdose que j’ai pris c’était 2g, et c’était très doux ;
 passer de 2g à 5g ça paraissait raisonnable, non ?
oui, mais ce n’est pas la même plante ; celle ci est plus forte, et je le sais ; dans ma tête j’avais fait un vague calcul : « plante deux fois plus forte et dose 2,5 fois plus grosse = voyage 5 fois plus intense » et ça m’allait bien;
et pour A. c’est ce qui se passe, j’ai l’impression;
mais pour moi on dirait que l’équation devient 2*2,5= 500.
Je ne sais pas d’où est sorti ce facteur 100 .
Trop tard..
 
 Je ne supporte plus l’interaction musicale avec A. ; c’est trop d’infos pour mon système; je lui dis gentiment ; il arrête tout de suite de jouer la flûte.
Je m’allonge ; la peur, les peurs rôdent ; peur de quoi ? pas clair;
sentiment d’être sous l’emprise de la plante, que ça va être costaud , que je n’y peux plus rien.
Je sais qu’il faut que j’accepte, sinon ce sera l’enfer, et il n’y a que dans l’acceptation qu’un travail de guérison, de découverte, peut se faire.
J’apprivoise, j’accepte, peu à peu,  mais ça me prend un peu de temps.
Vague culpabilité de m’être infligé cette épreuve ; mais ça aussi je dois l’accepter, le surmonter,  sinon ça va être en travers du chemin.
 
Je m’allonge, je respire ; chaque geste , chaque pensée,  prend une douloureuse intensité démesurée, un peu comme si j’étais à l’article de la mort ; non, quand même pas à ce point là ; peut-être plutôt ce genre de vulnérabilité qu’on a quand on a une fièvre de cheval, du genre 41°, avec la peur en plus; oui, sans doute la peur de mourir qui rôde. 
Je dis à A. que je suis en difficulté ; je lui demande de me donner la main, de venir prês de moi ; ça m’apaise qu’il soit là, confiant, fraternel, chaleureux, solide; il me rappelle les principes d’un voyage fructueux: respiration, acceptation, confiance.
Mais énergétiquement je suis seul avec le tsunami qui déferle à l’intérieur de moi.
Je lâche sa main et me concentre sur l’acceptation, l’accueil ; peu à peu je reprends pied, je retrouve la liberté de diriger mon attention;
j’ai très froid ; je demande à A. de m’apporter des couvertures, de faire une bouillotte; difficulté à trouver la bouillotte, « laisse tomber », je sens que le moindre stress est à éviter absolument; sous les couvertures je tremble de froid ; je vis ces tremblements avec une intensité démesurée, je voudrais les calmer, me détendre ; ça prend du temps mais ça vient.
 
Alors je peux commencer à m’adresser aux petits frères, à leur dire que je leur fais confiance, que je vais les laisser faire leur travail, leur travail de soin, de guérison.
Quand je leur parle je vois surgir des formes colorées, fluides, mobiles, arrondies, douces.
Ca me réjouit de voir cette réponse lumineuse à mes paroles de confiance.
En même temps ça me montre l’intensité de leur présence, à laquelle je ne peux pas échapper. C’est un peu oppressant, aussi.
Et les peurs sont là encore, qui rôdent.
A. me demande de quoi j’ai peur.
Je ne sais pas.
Je sens le paquet de photos de mon enfance que j’ai préparé et qui est non loin de ma tête.
L’idée même d’aller regarder une de ces photos me terrifie. Je sens qu’il ne faut pas que je le fasse maintenant; ça serait trop.
Je reviens au présent ; juste être là, avec ma respiration, laisser faire la plante, observer ; je décide de ne rien m’imposer, de ne pas forcer un travail thérapeutique, ni de l’empêcher non plus.
Je continue de m’apaiser ; je dis à A. que ça va aller, qu’il peut plonger dans son propre voyage, que je lui dirais si j’ai besoin.
Je me sens très fatigué ; je sens le sommeil qui menace ; A. me conseille de ne pas y succomber ; « tu crois que ça pourrait être dangereux ? » « non , ça serait juste dommage ! »
Je ne cède pas au sommeil ; plus tard quand l’envie me prend à nouveau je décide de l’accepter en essayant d’y entrer dans la lucidité ; mais finalement c’est la méditation éveillée qui prend le dessus.
 
Je me sens tiraillé dans une ambivalence ; d’un coté le désir et la possibilité d’être juste là, en méditation, de l’autre le désir de suivre le fil de mes peurs, d’aller voir ce qui se cache ;
je me repose la question de quoi j’ai peur ; je crois que c’est de plonger dans les souffrances de l’enfance et que ça soit insupportable ; et aussi je sens que ce n’est pas le moment, pas le cadre ; je ne veux pas que A. se retrouve à mon service dans une posture d’accompagnant ou de thérapeute pour le reste du voyage ; ou peut-être est ce juste un manque de courage ; je n’en finis pas d’hésiter à ce sujet ; ça veut et ça ne veut pas ; c’est un conflit qui rôde, et toujours je finis par le résoudre en revenant à une posture méditative, à m’en remettre aux petits frères pour qu’ils fassent leur travail ; à un moment je me connecte à la thérapeute que je voyais il y a quelques mois ; je vois surgir une grande lumière bleue; ça m’interpelle ;
plus tard dans le voyage, à défaut de replonger dans mon enfance, j’ose approcher les figures de mes parents, voir comment je me sens au fond de moi vis à vis d’eux; je me connecte à  l’énergie de ma mère , je ressens quelque chose d’assez doux, simple et aimant ; je dis en sa présence « je suis un homme, j’ai le droit de faire l’amour avec une femme » ; cette pensée emplit tout mon être d’une luminosité joyeuse.
J’entre ensuite en contact avec la figure de mon père; je sens son jugement et sa peur envers tout usage de drogue ; et je sens l’emprise subtile de son jugement et de sa peur à l’intérieur de moi ; je dis devant lui « j’ai le droit d’explorer avec des substance psychotropes » ; je sens que ça me libère de son jugement et ça m’apaise.
Je rends visite à mes ami-e-s les plus proches ; tour à tour je vois, je sens, un grand espace lumineux, de chaudes connections du coeur, un foisonnement de vitalité joyeuse, un bric à brac difficile à approcher que je finis par étreindre fraternellement, et puis un autre grand espace lumineux. 
Je me connecte intérieurement avec A. , c’est lumineux, c’est doux ; j’entrouvre les yeux et je vois son corps complètement immobile en méditation profonde; c’est un choc cognitif; quel rapport  entre cette forme dans l’espace et sa présence  que je sens en moi ? Je n’ai pas les forces pour investiguer cette énigme philosophique qui me sidère.
 
De temps en temps on se parle avec A., on se donne des nouvelles ; ça survient toujours spontanément, de manière synchronisée , sans aucun effort à faire ; on se parle assez brièvement, éventuellement on boit un verre d’eau ou on va aux toilettes et puis on retourne dans les profondeurs du voyage, du travail, pour une heure, pour deux heures, parfois.
 
Je visite le sentiment d’impuissance ; c’est douloureux, inconfortable ; je me connecte brièvement à la situation du monde, aux monceaux de souffrances, d’aliénations, d’injustices dont le monde est pétri; je sens que je ne peux pas plongé dans cette contemplation, ça serait insupportable; je ressens douloureusement mon impuissance face à tout ça.
 
Parfois je m’assieds, parfois je m’allonge à nouveau ; dans un de ces moments allongés, où je ne me sens plus en conflit, je vis un moment particulier ; une sorte de luminosité explose dans mon espace de conscience qui par ailleurs est complètement silencieux; je n’ai plus mon mot à dire, plus aucune pensée, ni intention, ni conscience de moi même; la plante a eu le dessus; j’ai laché prise pour de bon (me dis-je après coup).
Après ce moment je vis des moments de méditation très doux ; je ressens une grande paix lumineuse au fond de moi.
Plus tard je retrouve de l’élan pour investiguer ; je me sens fatigué , et cette fatigue n’est pas seulement celle de cet instant, c’est une fatigue avec laquelle je suis souvent en contact (depuis des années).
Je lance la question « pourquoi cette fatigue ? quel est son sens ?»
Une intuition-hypothèse me vient : je suis fatigué d’une sorte de bataille invisible qui a commencé au début de ma vie ; une bataille pour tenter d’exister, pour tenter d’être vu, d’être reconnu, d’être aimé dans ma famille ; cette famille qui avait une image de moi qu’elle vénérait; mais cette attitude ne remplissait pas mon besoin d’amour, de reconnaissance ; elle était dirigé vers l’image qu’ils avaient de moi , l’image qu’ils façonnaient de moi , je ne le vivais pas vraiment comme un amour envers mon être singulier.
Alors sans doute qu’à un niveau subtil il y avait en moi une sorte de bataille pour tenter d’exister, d’être perçu, reconnu dans mon être ;  une  bataille  perdue d’avance mais qui se serait  prolongée dans le reste de ma vie, comme une sorte de pli qui a été pris, de non confiance qu’il suffirait d’être moi même pour exister, qu’il y aurait quelque chose à faire, à prouver. Cesser pour de bon cette bataille, ne plus fuir le deuil à faire pour qu’elle cesse.
Je respire dans cette intuition avec l’espoir qu’elle portera ses fruits.
Je revisite à grands traits mon histoire de vie, avec cette enfance et adolescence aux apparences d’une normalité quasi impeccable et vécue intérieurement comme un désert, un conflit entre la fierté de satisfaire les attentes de mes parents, et la honte d’avoir perdu la vérité de mon être, le désespoir d’être coupé de moi même et des autres.
Soudain il me vient que ce malheur n’était pas le fruit d’un projet pervers comme ça m’est arrivé de le penser, mais d’une malencontreuse identification au bric à brac névrotique dans lequel je baignais et qui projetait sur moi ses images préconçues que j’avais tendance à faire miennes même si le fond de mon être n’a sans doute jamais tout à fait perdu espoir.
 
Par le lacher prise radical dans les bras des petits frères, ce moment de mort de l’ego (je crois), j’ai l’impression, l’intuition,  d’avoir rétabli, nourri, la connexion avec l’élan de vie au fond de moi,  en deça du bric à brac névrotique familial ; j’ai l’impression de m’être ancré dans le centre de ma vitalité, de mon être, libéré un peu plus des adhérences des images névrotiques projetées sur moi par ma famille..
Déplacer le point d’assemblage : remplacer les restes d’obédience-rébellion-identification envers la famille névrotique par la connexion directe avec la source de vie.
Devenir un peu moins l’enfant de mes parents, un peu plus un bourgeon de la vie.
 
Ce travail je l’ai commencé il y a 27 ans lorsque j’ai vécu mon premier voyage psychédélique.
Il n’a cessé de se poursuivre depuis à travers des relations thérapeutiques, des tentatives ou ébauches de relations amoureuses, des voyages, des amitiés, des pratiques de danse, de musique, et autres.
Souvent se joue cette ambivalence: suis je en train de poursuivre encore cette épuisante bataille perdue pour prouver mon existence aux fantômes de mes parents, ou pour fuir le deuil à faire, 
ou suis je en train d’exprimer avec simplicité ma vitalité aimante ?
La direction souhaitable est claire, au moins.
 
**
Cela fait bientôt 7 heures que le voyage a commencé ; les effets de la plante s’atténuent ; on remonte peu à peu à la surface ;
l’extérieur devient de nouveau attractif ; on contemple les plantes, les pierres et les légumes que j’avais préparé pour l’occasion ; je respire l’odeur de la bruyère ; j’y devine avec surprise l’odeur de la mer, des landes bretonnes ; A. est d’accord avec moi, ce qui me réjouit.
On mange quelques fruits ; on va marcher aux Buttes Chaumont.
Je sens mon corps vigoureux, fluide, régénéré, comme si j’avais été lavé, nettoyé de l’intérieur.
Je sens mon esprit et mon coeur légers, joyeux. 
A. rentre chez lui ; je rentre chez moi, je réponds à quelques messages en me sentant particulièrement connectés à mes correspondants. 
La nuit est assez ordinaire ; je me réveille deux fois ; je fais quelques rêves qui me semblent anodins. Petite déception.
 
Le matin je suis plein d’entrain pour aller danser dans une session de danse improvisée.
Je commence à bouger en ouvrant grand mes bras ; je ressens une ardeur joyeuse pour accueillir la vie, tout ce qu’elle me présente.
Chaque geste dans la danse est un plaisir; je vis les rencontres avec délice ; c’est profond, subtil, créatif et léger en même temps.
 
Impression d’avoir peut-être fait un nouveau pas vers la santé, la liberté, la joie, l’amour.
Curieux d’écouter les résonances de ce voyage dans les semaines et les mois qui viennent.
Curieux de la suite de ma relation d’alliance avec les petits frères et avec les êtres que j’aime. 


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