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Tridimensionnel
(Modéraflûte)


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Date de naissance : 04/04/1994 (26 ans)
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Signature de Tridimensionnel
méditation                                                             
« L’Amour fou implique la sexualité a-ordinaire à la manière dont la sorcellerie demande une conscience a-ordinaire. »

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[3-MeO-PCE, 5mg] culte solaire : tout est à sa place. 6
Topic du message Nom du forum
[3-MeO-PCE, 5mg] culte solaire : tout est à sa place. Dissociatifs
Message
Produit : 3-MeO-PCE
Dose : 5mg
Poids : 50kg
Autre : en raison de la dilution volumétrique, nous avons également ingéré chacun 1ml de vodka.
Set : t_ et moi sommes un peu tendus et tristes en raison de mauvaises nouvelles. Nous avons besoin de légèreté. C'est ma première expérience de ce produit, j'appréhende un peu.
Setting : il fait beau. Le cadre est bienveillant. Village, champs, forêt.


Les effets se sont d'abord fait sentir par une sensation d'ivresse cérébrale. Le contenu de ma boîte crânienne semble flotter, vibrer. Je ne suis pas certain de trouver ça agréable.
J'ai envie de soleil, de gambade et de balade. t_ dit préférer rester à l'intérieur, jusqu'à ressentir elle-même les premiers effet et là... ok, tout le monde dehors !
Le temps de fourrer quelques affaire dans un sac – une gourde, un livre, mon enceinte et nos deux NintendoDS – et nous voilà lâchés dans le petit village.

Il y a longtemps que je n'ai pas pris de disso. Je me rappelle mes expériences au DXM, avec un bodyload bien plus marqué... J'ai tous les sens ouverts, je suis à l'affût. J'avais mis longtemps à me décider à taper ce prod, un peu intimidé par sa réputation psychotique et le souvenir intense de mon unique prise de sa version x-PCP (dose conséquente et désorientation totale).
Je remarque, d'abord, une plus grande spontanéité. Je n'ai pas peur qu'on me "crame", j'ai envie de jouer et de rire. Rien ne m’atteindra.
Les textures m'attirent, j'entre en contemplation et tripote béatement ce qui me tombe dans les mains. Le village me semble irréel, décor posé là pour mon plaisir. Je caracole dans les rues vides, je flotte vers ma destination en écoutant t_ s’extasier sur l’éclat du soleil sur les feuilles, les illusions de structure.

Nous arrivons dans un bois où j'avais remarqué, la veille, un mur d'enceinte écroulé et, à l'intérieur, une végétation un peu différente de celle de la forêt alentours. J'y retrouve cet espace étrange où pousse un tapis d’herbe trop grasse pour être naturelle, orné de fleurs violettes et printanières. Des branches mortes, lisses comme des os blanchis, en émergent comme d'une étendue liquide. Ici la lumière est particulière, très dorée, elle glisse entre les arbres encore dénudés et souligne les mousses ambrées et vertes.
t_ va explorer les alentours, c'est dans son caractère. Je l'accompagnerais bien mais je veux d'abord méditer au pied du même arbre que la veille ; méditer sous disso, c'est vraiment la première fois.
C’est parti pour 15 minutes. Je ne ferme pas les yeux. Je regarde ce qu'il se passe devant moi, et je suis éblouie. C'est un festival de couleurs pures, de nuances de vert, de branches aux formes gracieuses, de troncs rayés de mousses et de champignons. Je ne bouge pas. Tout est à sa place, et moi aussi. Mes pensées folâtrent comme des enfants que je retiens du regard. Ne vous éloignez pas trop !
J'entends des promeneurs longer le mur d'enceinte ; ils ne nous voient pas. Je respire profondément. Le soleil, qui baisse, me fait presque face. Il fait chaud, tout est à sa place. Des oiseaux palpitent au-dessus de moi. Les arbres craquent et grincent en mélodies étranges. J'entends un animal mâcher dans mon dos. J'observe mon sursaut de panique instinctif quand des bourdons me frôlent, la tachycardie.
Ai-je vraiment médité ? Je ne sais plus trop ce que ça signifie. Je n'ai certainement pas atteint l'équanimité, sinon je ne serais pas aussi heureux. Je suis tout simplement en train de jouir de la tête, ce n'est pas très serein si ?
Je relève le visage vers le soleil ; il fait chaud, je suis si bien, ma chaleur et celle du soleil sont la même. Je me sens inondé et possédé à la fois, parfaitement à ma place.
L’alarme sonne, et me tire de mon extase ; la méditation est terminée.

Je retrouve t_ en train d’inspecter des terriers. Nous continuons ensemble l’exploration du bois. Tout nous paraît légèrement étrange, incongru, et par là digne d’attention. Nous inspectons les arbres couchés, testons leur élasticité, nous marchons sur le bois pourris pour en apprécier les craquements. Je mets les doigts dans sa poussière et m’extasie de sa texture.
- Regarde ! Regarde ! Touche !
- Oui, je sais ! me répond t_ et je crois deviner un peu d’irritation.
Aïe, on m’a déjà fait remarquer que j’essaye trop d’attirer mes partenaires de trip dans mes sensations. Bon, bon. J’essaye de mieux me contenir.
Ces temps-ci j’ai une légère obsession pour les parcs pour enfants. Je suis très jaloux de ces espaces qu’on réserve aux gosses pour le jeu pur, sans intentionnalité. Les adultes, eux, doivent payer des fortunes pour des manèges grandiloquents ou faire des tractions lors de parcours ennuyeux. Je rêve de structures à escalader, de sol caoutchouteux, de batailles pirates improvisées, de cochon pendu.
Aujourd’hui le bois est devenu un parc de jeu. Chaque élément est une invitation pour mes sens. Je vois les troncs tombés comme des arceaux à gravir. Je me suspend à l’un d’eux, utilisant mes bras, mes jambes, mes abdominaux pour ne pas tomber, et je suis ébahi : depuis des années je n’avais pas utilisé mon corps de façon aussi spontanée ! Les gestes ne me semblent pas aussi fastidieux ou intimidants que d’habitude. Je suis tellement léger ! Cette sensation de fraîcheur, d’énergie, est vraiment celle de redevenir un enfant. Je ne suis plus un adulte balourd dans un monde fonctionnel et triste. Tout est à découvrir et à expérimenter !
t_ avance toujours, je la suis en zigzagant. Elle aussi entre en interaction avec tout ce qui l’entoure ; elle est moins ciblée que d’habitude, plus ouverte à la contemplation. Nous regardons le spectacle des arbres tombés les uns sur les autres, les mousses aux formes étranges, les vallonnements du sol… On se perd dans les buissons piquants. La balade est drôle et silencieuse.

Nous finissons par sortir du mur d’enceinte, cérémonieusement. Sur le chemin, je me sens bizarre. Il y a en moi une sensation que je ne parviens pas à accoucher. J’ai besoin d’un médiateur, et ce médiateur sera la musique. t_ n’en veut pas, alors je m’éloigne et m’assois dans le sous-bois. J’aime la solitude et le recueillement.
Je sors mon enceinte. Il y a cette musique que j’écoute chaque jours depuis une quinzaine, à chaque moment d’extase, et je sais qu’elle a quelque-chose à me dire et que ce quelque-chose répond à l’émotion qui gonfle en moi. Il y a une quinzaine que j’ai la tête qui tourne et que je cherche le point de chute…




Aussitôt la musique investit la forêt. Ses vibrations emplissent l’air de leur texture chaude. Je n’y suis pour rien, les notes rebondissent en écho sur les arbres et brillent dans les reflets du soleil. Je n’ai pas besoin de me plonger dans la musique, c’est elle qui plonge en moi. C’est exactement l’ambiance que je cherchais : cérémonieuse, grave et sensible. Je regarde autour de moi, hésitant ; chaque éléments me répond, me renvoie mon émotion.
Le frisson remonte dans ma poitrine, dans ma gorge, et je me mets à pleurer. C’est beaucoup trop beau : je suis bouleversé, paralysé. J’entends t_ marcher lentement dans ma direction.
Des larmes coulent dans ma bouche, je sanglote en pensant à la beauté poignante de ce qui m’entoure, beauté insoutenable à laquelle je ne puis échapper. Je suis ancrée dans ce monde, vissée. Dans le plein soleil de l’après-midi, dans le crépuscule du sous-bois, dans le bleu pur du petit matin, je suis dans ce monde et je n’ai d’autre rôle que le célébrer.
t_ m’a pris dans ses bras. Elle me demande si ça va, je ris et je pleure à la fois. Je me laisse glisser jusqu’au sol, les feuilles mortes m’accueillent les yeux dans les branches qui s’emmêlent dans le ciel obscurci. Tout est à sa place. Je n’ai rien d’autre à faire que rendre grâce. J’ai trouvé mes réponses, j’ai trouvé le point de chute. Qu’importent les souhaits de mes parents, les attentes irréalistes que je m’impose, mes idéaux et mon passé… Rien ne compte face à ce moment de reconnaissance : je ne suis là que pour ça, je ne veux vivre que pour ça.

(...)

t_ me secoue doucement.
- Tu veux que je me lève ?
- Oui, je voudrais qu'on aille voir  les champs avant que le soleil se couche.
Je me redresse. S’il s’agit de contempler, je l’accompagne où elle veut !
- Sur le chemin, pendant que je marchais vers toi… c’était… regarde…
(silence)
- Ah, non, ce n’est pas pareil.
- L’éclairage a changé ?
- Oui, et puis il n’y a plus toi là-bas, avec la musique. Désolée, on ne peut pas le vivre ensemble. Mais je te l’écrirai…
Nous débouchons dans les champs.
- Oh non ! s’écrie t_. Il n’y a plus de soleil…
- Si, regarde ! Il en reste un peu là-bas !
Nous nous mettons à courir, comme des fols, vers le dernier scintillement. Je hurle de rire, c’est si bon de courir pour rien, pour un symbole, pour une clarté. Je m’écroule dans l’herbe, je suis épuisé.
- Il y a deux soleils, dit t_. Celui-là, et toi.
Nous regardons les infinies nuances de vert dans les textures du champ. Le flamboiement du crépuscule nous baigne, nous sommes ivres de lumière. Les branches des arbres, au loin, dessinent des champignons, des poumons, d’improbables vaisseaux sanguins. Un nouveau monde s’ouvre, celui de l’ombre ; on devine la nature qui se prépare à vivre une nouvelle nuit. Dans un pré, deux jeunes chevaux jouent à se mordiller ; ils se grimpent dessus, se grattouillent l’encolure, se donnent des coups de genoux. Leur grâce et leur désinvolture nous retient un moment malgré le vent glacé.


Je suis généralement hypersensibles aux produits et celui-là n'a pas fait exception.
Je comprends vraiment ce que veulent dire les avertissements quant à son penchant maniaque. J’imagine que mes pleurs hilares ont quelque-chose à voir avec l’état psychotique que l’on est censé craindre. Comme souvent, l’hyper-clarté et la folie se frôlent.
C'est moins tape-à-l’œil que les tryptamines. Les couleurs ne changent pas, il n'y a pas de texture palpitante, pas non plus de boucle de pensée. J'ai envie de dire qu'il n'y en a pas besoin… Car au fond, c'est la même chose. On remarque les mêmes choses. Les textures, les lumières, la beauté du monde, sa fragilité insoutenable et la force de la vie. Ça n’explose pas en frisson électrique mais ça vibre sourdement à l’intérieur. Tout cela va droit au cœur, il n'y a pas besoin que le paysage s'anime et que des hallus l'emportent.


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