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LA PARANOÏA 6 - L'ENVIE ET LA PEUR D'ÊTRE UNIQUE, UNE PROBLÉMATIQUE EMPATHIQUE
#1
Article précédent : LA PARANOÏA 5 - LE CARACTÈRE PARANOÏAQUE EN GÉNÉRAL (SUSCEPTIBILITÉ, JALOUSIE ET MÉFIANCE)


LA PARANOÏA 6 - L'ENVIE ET LA PEUR D'ÊTRE UNIQUE, UNE PROBLÉMATIQUE EMPATHIQUE ET SYMPATHIQUE


Article conseillé : Empathie VS Sympathie


L'empathie et la sympathie sont omniprésentes dans les relations sociales. Sans rentrer dans les différences entre empathie et sympathie que vous trouverez dans l'article proposé juste au dessus, attardons nous sur le fait que chacune s'exprime dans trois dimensions qui sont d'ordre imitative, émotionnelle et cognitive :

- La dimension imitative est totalement spontanée, physique et inconsciente (par exemple lorsque malgré soi l'on se positionne et se tient comme son interlocuteur, pour lui manifester une écoute attentive et compréhensive, ou lorsqu'un tel baille, et que l'on baille à son tour).

- La dimension émotionnelle est en partie inconsciente et consciente, selon que l'on comprend et éventuellement ressent ce qu'éprouve d'autrui, dans une réflexion émotionnelle de ses états affectifs (par exemple quand une personne sourit, l'on comprend qu'il est content en ressentant un certain bien-être, et possiblement l'on peut à son tour sourire en imitant physiquement l'expression de ses affects, perçus par sympathie ou empathie émotionnelle). 

- Dans le cas précis d'une empathie de dimension cognitive, l'on comprend l'état affectif de l'autre, mais sans pour autant le ressentir en l'éprouvant émotionnellement, ni en l'imitant (bien que cela puisse arriver aussi, les trois dimensions étant imbriquées les unes dans les autres). Il s'agit alors de conscientiser l'état affectif d'autrui en l'intellectualisant (par exemple l'on comprend en pensée qu'il est comme ceci parce qu'il lui est arrivé cela, en rapport avec cet autre évènement expliquant les causes de son état affectif, mais sans nécessairement partager les émotions et sentiments de la personne dont on aurait comprit par la pensée l'état affectif).


Effrayantes sympathies et empathies inconscientes d'ordre imitative, que le paranoïaque ne peut pas contrôler consciemment

Le problème lorsqu'un paranoïaque a un besoin impérieux et total de contrôle, c'est qu'en se confrontant à ses forces intérieures inconscientes et incontrôlables, il se rend compte qu'il ne peut les maitriser, donc ni se dominer lui-même par la pensée, ni dompter autrui en exerçant sur lui une forte pression psychologique. Cela se remarque d'autant plus dans les jeux naturels et spontanés d'imitations, lorsque malgré eux les individus alternent à tour de rôle des comportements, des postures égotiques qu'ils reproduisent momentanément par mimétisme, ou parce qu'ils se retrouvent dans des situations les poussant à agir de telle façon à tel instant, puis d'une autre manière à un autre moment, selon comment la situation relationnelle évolue.

Distinguons trois principales formes d'imitation dans les relations, qui peuvent effrayer le paranoïaque (dimension imitative) :

1 - Lorsqu’il imite autrui malgré lui, le paranoïaque s'en rendant compte peut avoir peur de sa propre réaction empathique ou sympathique, en se montant tout un délire d'interprétations farfelues. Par exemple, le paranoïaque pourrait avoir peur qu'autrui ne se rende compte à son tour de ses propres états d'âme, au travers d'imitations posturales ou verbales leur permettant de reconnaitre l'état affectif du paranoïaque. Autrui pourrait ainsi penser que le sujet paranoïaque le copierait pour diverses raisons, qui n'existent que dans l'imagination délirante du paranoïaque, dans ses surinterprétations. Autrement, toujours dans la peur du jugement d'autrui (donc de ses propres jugements), le paranoïaque pourrait s'effrayer du fait qu’il y est trop de ressemblance entre sa personne et une autre. Notamment s'il n’éprouverait pas d'affinité particulière ou ne se sentirait pas en symbiose avec cette autre personne, mais qu'au contraire il préfèrerait ne voir aucune ressemblance entre elles, pour satisfaire son propre besoin d'être unique et omnipotent (tout puissant). Par exemple, si lors d'une soirée une paranoïaque exigeait au fond d'elle d'être la seule habillée avec une robe rouge flamboyante, dans l'éventualité où une autre femme se présenterait vêtue de la même façon, cela pourrait entrainer des susceptibilités, et susciter des jalousies et autres médisances chez la paranoïaque.

On comprend donc que dans ce cas, le paranoïaque a peur de ses propres réactions, lorsqu'il en vient à éprouver ou témoigner de l’affection pour autrui, par sympathie ou empathie. Peu enclin à éprouver ses propres affects qu'il dénie et refoule lorsque ceux-ci se manifestent à sa conscience, le paranoïaque clivé d'une part de lui-même et se retrouvant à imiter autrui malgré lui, peut avoir peur d’être mis à nu, d’être découvert sur le plan émotionnel, alors qu'il s'efforçait jusque là de cacher ses affects, ses sensibilités. S'il se découvre en autrui, autrui peut le découvrir en lui dans un jeu de réciprocité empathique ou sympathique (d'où le fait que plus l'on se connaisse, plus l'on connaisse autrui, et inversement).

Voyons maintenant les réactions du paranoïaque lorsque c'est autrui qui l'imite par sympathie ou empathie (dimension imitative et émotionnelle) :

2 - Lorsque autrui imite le paranoïaque, ce dernier peut en avoir peur pour diverses raisons. Par exemple il peut s'effrayer d'imiter à son tour autrui en répondant de manière identique à la situation, par une posture ou une mimique qui révèlerait des points communs, comme on l'a vu dans l'exemple précédent. Pour aller plus loin dans le délire d'interprétations lié à ces imitations réciproques, l'on comprend que dans ces jeux d'imitations, le paranoïaque perd le contrôle de la situation, et que cela peut entrainer chez lui une grande méfiance du fait d'une affectivité se mettant à bouillonner au fond de lui. Son émotion submerge sa raison et il se met alors à surinterpréter ce qu'il perçoit de la réalité, c'est à dire qu'il peut se mettre à voir des ressemblances partout entre les gens. Le délire de relation pouvant aussi prendre des formes de persécution, le paranoïaque objectiverait ses peurs sur des apparences cachant des intérêts égoïstes partout, mais encore d'éventuels complots contre lui, ou contre l'humanité toute entière si celui-ci se perd à une échelle galactique. Et plus le paranoïaque chercherait à justifier son délire en se focalisant sur les formes imitatives de sympathie et d'empathie omniprésentes dans les relations sociales, plus il s'enfoncerait dans son délire, dans ses croyances et interprétations en ruminant qu'un tel aurait dit tel mot pour ceci, ou fait tel geste pour cela, toujours en rapportant les faits à sa personne.

La troisième forme de paranoïa s'effectuerait au contraire lorsque le sujet cherche à contrer ses délires dont il aurait prit conscience, dans une autocritique (dimension cognitive):

3 - Comprenant qu'il est en plein délire de relation, de revendication et/ou de persécution, selon la forme que prend sa paranoïa, le sujet peut chercher à se raisonner en calmant son imagination et ses surinterprétations. C'est donc en ayant identifier un objet à ses angoisses que le paranoïaque peut travailler sur une peur concrète et saisissable, qu'est le fait de calculer quels effets auront ses propres mots, ses propres gestes dans sa relation avec autrui (et inversement), mais encore si ce qu'il dit ou est dit par autrui, peut être prit comme une parole sous entendant ceci ou laissant croire cela. Bref il se préoccupe beaucoup de son image, cherchant à se rassurer lui-même au travers du regard d'autrui, qu'il tente de comprendre par empathie tout en s'en effrayant, vis à vis de ce qu'il pourrait y découvrir sur lui-même. Cette peur du jugement venant d'autrui et de soi fait que le paranoïaque tourne en boucle dans sa tête, dans ses illusions narcissiques tout en restant bloqué dans son mental, dans son intellect qui s'emballe plus son imagination lui fait croire en des hypothèses plus ou moins (in)vraisemblables.


On comprend donc à partir de ces trois formes que peut prendre le délire dans les trois dimensions sympathiques et empathiques de ses relations, que si la situation devient socialement intenable, le paranoïaque se replie sur soi en évitant tout contact, en refusant toute forme de partage, notamment si cela suscite en lui des affects qu'il ne pourra maitriser, et qui alimenteront ses délires. En fuyant toute altérité et toute réciprocité dans des comportements d’évitement, le paranoïaque s’isole ou est rejeté, refoulant ou déniant toujours plus ce qui le dérange, à savoir ses émotions et ses sentiments qu'il n'arrive pas à gérer, tout comme ceux de ses pairs. Au travers de ses jeux d'identifications et de projections incessants, le paranoïaque se cherche au travers de l'autre tout en se voulant unique, et il y a là une contradiction évidente, pouvant entrainer déception et frustration au delà de l'angoisse latente sous-tendant ses structures psychiques. Toujours le paranoiaque est dans l'attente d'une rpéonse de l'autre, mais sans le reconnaitre pour ne pas s'avouer dépendant des avis d'autrui.


Stupeflip : « Je me dis ils sont pas comme moi, mais ils sont comme moi c'est un peu rageant. »


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#2
(02/08/2018 09:12)Laura Zerty a écrit :
La troisième forme de paranoïa s'effectuerait au contraire lorsque le sujet cherche à contrer ses délires dont il aurait prit conscience, dans une autocritique (dimension cognitive):
3 - Comprenant qu'il est en plein délire de relation, de revendication et/ou de persécution, selon la forme que prend sa paranoïa, le sujet peut chercher à se raisonner en calmant son imagination et ses surinterprétations. C'est donc en ayant identifier un objet à ses angoisses que le paranoïaque peut travailler sur une peur concrète et saisissable, qu'est le fait de calculer quels effets auront ses propres mots, ses propres gestes dans sa relation avec autrui (et inversement), mais encore si ce qu'il dit ou est dit par autrui, peut être prit comme une parole sous entendant ceci ou laissant croire cela. Bref il se préoccupe beaucoup de son image, cherchant à se rassurer lui-même au travers du regard d'autrui, qu'il tente de comprendre par empathie tout en s'en effrayant, vis à vis de ce qu'il pourrait y découvrir sur lui-même. Cette peur du jugement venant d'autrui et de soi fait que le paranoïaque tourne en boucle dans sa tête, dans ses illusions narcissiques tout en restant bloqué dans son mental, dans son intellect qui s'emballe plus son imagination lui fait croire en des hypothèses plus ou moins (in)vraisemblables.

Je commence à me demander si ce n'est pas la définition, ou pour être précis la conséquence dominante des bad. Sauf qu'avec la drogue, il y a un triangle amoureux entre l’altérité, le moi, et la substance, qui est parfois vu comme une intrusion indépendante dans le petit moi bien structuré par le narcissisme. Quand on perd le contrôle de l’intérieur c'est compliqué, mais quand quelque chose vient chambouler le lien déjà névrosé avec l'autre (par un processus de déréalisation, pour toi c'est le manque d'empathie, si je te suis, même si je pense que ça doit quand même vachement différer d'une personne à l'autre. Reste à savoir si tu ne parle que du cas clinique de la paranoïa ou de toute sortes de phobies sociales ou de déréalisations, manque de confiance, traumas ((notamment dus à la drogue)), ect qui pourrait amener à la paranoïa sans forcement toucher l'empathie)...
End
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#3
Ça c'est de la réponse dense Smile faudrait un article entier juste pour répondre à tes questions lol.

Ton point de vue sur la triangulation des désirs entre l'altérité, le moi et la substance est intéressant, mais je ne sais pas si cela peut expliquer la perte de repères liée au bad trip.

Ce qui est sur c'est que sous influence le moi est dans son délire entre ça et surmoi (donc entre moi idéal et idéal du moi pour rentrer dans les détails), et que la dialectique entre les instances s'opère dans des investissements narcissiques favorisant les exigences du moi idéal (ses pulsions primaires pour simplifier) ou ceux de l'idéal du moi (ses idéaux, pour simplifier toujours). Donc on va et vient entre satisfaction et plaisir de coller à des images idéalisées de soi, tout en satisfaisant des pulsions.

Au moment où ça vrille, c'est lorsque sa morale reprendrait le dessus sur le déni du trip en exigeant un retour à la normale impossible, puisque l'esprit est lancé dans un délire qui le modifie en profondeur. On peut résister un certain temps, mais plus l'on cherche à se contrôler plus l'on risque de rigidifier la dialectique entre ses instances et d'en venir à développer un complexe qui amènera au bad. En gros ce n'est rien d'autre que toi qui en a trop prit, dans un contexte ne convenant pas à ton état, et alors ton esprit sombre dans l'émotion en perdant la raison, qui pourtant essayait de maintenir un certain équilibre interne, entre ses pensées et affects donc.

Il y a donc un défaut d'empathie ou d'altérité vis à vis de soi même, bien que ça soit délicat à décrire. Pour simplifier encore, disons qu'en plein trip on manque de recul vis à vis de son propre état, et alors l'on se met à psychoter en s'embarquant dans des délires qui nous dépassent, mais pourtant nous transcendent. C'est tout l'art de la paranoïa que d'orchestrer des scénarios intérieurs permettant de s'adapter à sa réalité, quand l'esprit la fuit pour telle ou telle raison (le déni normal que l'on ne peut constater qu'après coup, ou alors faudrait être dans une analyse de soi si spontanée, que la dissociation induite par l'appréhension de ses troublants affects permette de se détacher du bad, des émotions négatives corrélées aux effets déplaisants de la substance, ce qui en soi est faisable, et arrive même le plus souvent, puisque si les phases de doute et de délire sont omniprésentes sous trip, les bad eux sont heureusement beaucoup plus rares).

Le défaut d'empathie advient lorsqu'on se replie trop sur soi, ce qui fait partie de la dynamique du bad trip, donc y a forcément une perte d'altérité dans le bad, avec l'autre, et avec soi.
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#4
(03/08/2018 15:20)Laura Zerty a écrit : C'est tout l'art de la paranoïa que d'orchestrer des scénarios intérieurs permettant de s'adapter à sa réalité

Je n'avais pas vu ça comme ça. C'est intéressant. La paranoïa dans certains cas serait une décompensation permettant au "moi narcissique" de trouver une excuse cohérente à la perte de contrôle. L'esprit n'aime pas rester sans réponses, alors il trouve les causes de son stress dans des biais sociaux ou relatifs à son image. Quitte à s'inventer des raisons irrationnelles. Du moment que l'excuse est trouvé, il devient possible de s'en affranchir via des projections sur l'autre.

Une solution serait de rester lucide et surtout de ne pas s'auto-culpabiliser quand on prend des drogues. Pour que la perte de contrôle et les sentiments liés soit compris et acceptés. Avant d'en rejeter la faute sur soi, son environnement ou les autres.

Mais a on accès à un tel recul, à une telle lucidité ? E n temps réel ? C'est déjà difficile sobre, alors perché...

(03/08/2018 15:20)Laura Zerty a écrit : Le défaut d'empathie advient lorsqu'on se replie trop sur soi, ce qui fait partie de la dynamique du bad trip, donc y a forcément une perte d'altérité dans le bad, avec l'autre, et avec soi.

On pourrait se poser la question, les psychés ont t'il vraiment un intérêt social ? Si leur nature est l'introspection solitaire, a on vraiment intérêt à les prendre dans un contexte social ? Est ce que ce n'est pas cette insistance forcée à vouloir inscrire les psychés dans un cadre festif qui provoque des bads à répétition et aussi graves chez certaines personnes ?
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#5
Je ne l'avais peu être pas précisé sous cette forme dans les précédents articles, mais oui la structure paranoiaque est là pour nous aider à nous adapter à la réalité, comme tout processus psychique dynamique et continue. Dans l'esprit tout est en mouvement afin de "maitriser" son environnement, dans une harmonie entre ses affects, pulsions et désirs (ses envies et besoins) et le contexte extérieur auquel on doit se plier (le principe de réalité de Freud).

Après tout est une question du degré de paranoïa éprouvé, si l'on est un peu méfiant sous trip parce qu'on sait qu'on est en équilibre sur un fil au dessus des méandres de son esprit, de ses angoisses existentielles, c'est tout bénéf' pour soi. Si l'on se met à psychoter, que le vertige nous gagne en s'inventant des délires inadéquates, qui nous font nous replier sur nous mêmes, c'est tout de suite moins attrayant et plaisant à vivre.

Après c'est là que ça devient subtil, parce que comme tu l'as évoqué il faut rester lucide en ne tombant pas dans l'auto-culpabilisation, les ruminations inutiles, etc. Mais cette lucidité doit être acquise. Personne ne nait lucide, bien que certains soient plus cérébraux qu'émotionnels, et c'est là tout l'intérêt de se pencher sur ses philosophies afin de s'observer, s'analyser, se critiquer, pour améliorer son estime de soi dans un jugement de sa personne constructif. Une mauvaise estimation/évaluation de sa personne entraine des complexes et autres somatisations. Alors c'est tout à chacun de chercher à se comprendre pour s'accepter, et apprendre à vivre avec soi, avec ses passions et désirs, ses envies et besoins, en visant une certaine harmonie.

Pour enchainer sur les questions, tout l'intérêt du psyché serait de comprendre sa place dans l'ordonnancement des relations sociales, parce que chacun doit faire sa place en étant accepté, en s'acceptant, en se respectant et en respectant autrui. Enfin si le trip a le pouvoir de replier sur soi dans une vision paranoiaque se rapprochant de ce qu'on peut appeler sa vérité, l'empathie et l’altérité serait au rendez-vous dans le trip quand on se positionne dans son rang social, quand on questionne son rapport à la nature, avec autrui. Le trip c'est une remise en cause de ses certitudes en gagnant de nouvelles convictions, qui devront être remises en question, etc.

En gros de l'introspection solitaire nécessaire, il faut aller du repli bénéfique sur soi à la rencontre d'autrui, pour justement ne pas rester replier sur soi-même. Ce qui est une position confortable, un peu comme lorsqu'on ne sort pas de sa zone de confort, c'est là toute l'illusion que propose la drogue prise en solitaire : on se raconte ce qui nous arrange et l'on s'en accommode plutôt bien (d'où le fait d'éviter l'avis d'autrui, pour ne pas bousculer ses certitudes quand on a su se poser, trouver un équilibre dans son esprit et que l'on tache de le préserver).

Maintenant pour ce qui est de prendre des psychés en groupe, pourquoi pas si le contact reste présent dans une communion avec la nature et autrui, enfin on voit bien qu'il y a plein de façons de tripper en groupe qui soudent les amitiés, renforcent les amours, offrent la possibilité de nouvelle rencontre, c'est toute la beauté des relations humaines qui se jouent là, avec leur lot de comédie qui peut faire peur, mais accepter l'être humain et ses travers c'est s’accepter, enfin on en revient au fait de d'abord apprendre à s'apprécier pour pouvoir apprécier l'autre ensuite.

Pour ce qui est du côté festif avec les psychés, c'est clair que cela renforce les risques de bad quand l'on ne peut se replier sur soi dans un cadre festif, d'où des problèmes d'adaptation menant à d'éventuels bad trip. Mais à ce niveau là le bad trip n'est pas qu'une mauvaise chose, quand l'on peut en tirer de bonnes réflexions sur soi, sur autrui, sur la vie en général. C'est là encore tout le travail philosophique de prendre le bon en sachant le discerner du mauvais, en soi, en autrui, toujours.

Je pense donc que les psychés ont un intérêt social, mais faut-il encore comprendre comment il s'articule, dans sa structure paranoiaque justement. En gros l'on cherche la lucidité qui est corrélée à ses peurs que l'on maitriserait en s'y confrontant, mais pour cela il faut s'y confronter, et c'est là que la prise de psyché en société peut permettre une fuite en avant pour ne pas se poser de questions, ou s'arrêter à quelques certitudes paranoïaques rassurantes, mais ne permettant pas de pénétrer les tréfonds de son esprit, d'aborder les questions que l'on ose pas se poser à soi-même. Mais chacun a ses sensibilités, et en aucun cas il faudrait pousser un fêtard à l'introspection, et inversement. Il faut que ça vienne de soi, un peu comme lorsque le destin nous tombe dessus, genre ce soir ça va être ta fête, t'as droit au bad qui va te retourner le cerveau en te mettant face à tes angoisses existentielles, à tes peurs autant de mourir que de vivre.
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#6
(03/08/2018 21:55)Laura Zerty a écrit : Pour enchainer sur les questions, tout l'intérêt du psyché serait de comprendre sa place dans l'ordonnancement des relations sociales, parce que chacun doit faire sa place en étant accepté, en s'acceptant, en se respectant et en respectant autrui. 

Tu parle beaucoup d'empathie et de paranoïa. Donc je vais tenter une réponse la dessus. Je te préviens c'est bordélique. DONC :

Je pense que c'est une illusion de vouloir saisir une vérité sociale sous psychédélique. C'est le grand mythe hippie et je n'y crois pas. Si tout le monde vivait sous influence peut être que ce serait le cas. 

C'est un désordre aussi grand, voir immense, débordant et créateurs de complexes et de fantasmes mégalomaniaques. Vouloir l’assomption, se créditer d'une empathie pour se nourrir d'une morale prétendument vertueuse, d'autant qu'elle sera appuyée sur le "trip", le "tout", la compréhension et la tolérance.

La paranoïa sert autant à compenser un manque d'empathie que l'empathie sert à masquer la perdition totale et la solitude pathologique. Le vrai manque c'est celui du réel, de la connaissance de soi.

Au final on observe des insectes sordides, qui ont la gueule de bois de l'ennui. Les fractales universelles sont pour le trip, le reste nous le vivrons dans la nuance banale, dans le silence des aires d'autoroutes mentales. Si seulement nous pouvions vivre dans le trip, sans passé ni futur. Mais quelque part, nous parcourons la vaste étendue paranoïaque de l’instinct. L'autre restera l'autre, et c'est surement ce qui participera au mystère. Alors certes ce n'est pas au crédit de la psychologie. Et peut être avons nous besoin de psychologie. Mais de la psychologie sous trip ? Vraiment ? 

Faut t'il vraiment vouloir le contrôle de la psyché même pendant les expériences de psychoses passagères que sont les délires hallucinogènes. Pourquoi contrôler la paranoïa alors qu'elle est précisément un outil de compensation du chaos psychédélique ? Ou alors il conviendrais d'éviter les drogues... Pour éviter la paranoïa tout court. Est ce vraiment indispensable après tout d’expérimenter la folie et de vouloir en tirer des conclusion. Etre psychonaut, est ce une sagesse, ou une distraction pour paumés en manque de paranoïa virtuelle ? En manque de virtuel tout court ? L'imagination naturelle n'est elle pas plus saine et vectrice de changement concrets ?

L’intérêt des psychédéliques pour comprendre les relations sociales ? Je retourne la question, quel est l’intérêt de prendre des psychédéliques ? Car je trouve bien des démarches hypocrites. Nous ne comprenons déjà rien à nos propres nécessités. Et il faudrait vouloir comprendre celles des autres, avec le cerveau chimiquement déboussolé en prime...

Je crois qu'avant de vouloir comprendre l'empathie ou la paranoïa, poser des limites strictes va s’avérer obligatoire. A moins de vouloir s'inventer des fausses excuses pour se percher à volonté en se disant que les vertus curatives ne soit jamais loin. Histoire de se créer une auto-dépendance à la thérapie, et une paranoïa héritée de l'habitude et de la routine psychotrope.
End
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#7
(04/08/2018 03:11)Mr Sandman a écrit : Tu parle beaucoup d'empathie et de paranoïa. Donc je vais tenter une réponse la dessus. Je te préviens c'est bordélique. DONC :

Je pense que c'est une illusion de vouloir saisir une vérité sociale sous psychédélique. C'est le grand mythe hippie et je n'y crois pas. Si tout le monde vivait sous influence peut être que ce serait le cas. 

C'est un désordre aussi grand, voir immense, débordant et créateurs de complexes et de fantasmes mégalomaniaques. Vouloir l’assomption, se créditer d'une empathie pour se nourrir d'une morale prétendument vertueuse, d'autant qu'elle sera appuyée sur le "trip", le "tout", la compréhension et la tolérance.

La paranoïa sert autant à compenser un manque d'empathie que l'empathie sert à masquer la perdition totale et la solitude pathologique. Le vrai manque c'est celui du réel, de la connaissance de soi.

(...) Mais de la psychologie sous trip ? Vraiment ? 

Faut t'il vraiment vouloir le contrôle de la psyché même pendant les expériences de psychoses passagères que sont les délires hallucinogènes. Pourquoi contrôler la paranoïa alors qu'elle est précisément un outil de compensation du chaos psychédélique ? Ou alors il conviendrais d'éviter les drogues... Pour éviter la paranoïa tout court. Est ce vraiment indispensable après tout d’expérimenter la folie et de vouloir en tirer des conclusion. Etre psychonaut, est ce une sagesse, ou une distraction pour paumés en manque de paranoïa virtuelle ? En manque de virtuel tout court ? L'imagination naturelle n'est elle pas plus saine et vectrice de changement concrets ?

L’intérêt des psychédéliques pour comprendre les relations sociales ? Je retourne la question, quel est l’intérêt de prendre des psychédéliques ? Car je trouve bien des démarches hypocrites. Nous ne comprenons déjà rien à nos propres nécessités. Et il faudrait vouloir comprendre celles des autres, avec le cerveau chimiquement déboussolé en prime...

Quel est l’intérêt de prendre des psychédéliques?

Excellente question Mr Sandman!
Pourquoi faudrait-il qu'il y en ait un?
Parce que si on prend des psyché, c'est aussi pour tisser des liens avec le monde? Le comprendre? Vaste arnaque et prétexte que tout ceci?

Je n'ai pas d autres réponses que celles que je peux tirer de mes expériences....et je ne sais absolument pas si les perches aux psyché m'apprennent quoique ce soit sur moi ou le monde.

Par contre, ce dont je suis sûre c'est qu'elle font bouger ma vision des choses, presque malgrè moi. Comme si on ne pouvait revenir inchangé d'un trip.
Mais peut on revenir inchangé d'une crise psychotique? L'analogie que tu fais entre trip et folie me fait froid dans le dos....sans pour autant pouvoir dire qu'elle est totalement fausse.

Il y a plus de 20ans, on était au début de l'imagerie et de la modélisation cérébrales et j'avais vu un super documentaire sur la comparaison entre l'accélération, le boost provisoire des transmissions chimiques sous lsd et l'accélération chronique dans les syndromes schizophréniques. Ca m'a marqué, j'ai jamais oublié cette étude.

Alors si une psychologie sous trip est fondamentalement et idéologiquement biaisé, faut il pour autant en déduire que l'on ne ramène aucune connaissance de soi, au moins dans ses soubassements inconscients?
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#8
Chaque expérience te change nécessairement un peu. Par contre je ne sais pas s'il est toujours sain de ramener du chaos un ordre conscient et rationalisé. C'est comme tomber amoureux, c'est un sentiment fort. Faut il nécessairement en déduire que l'amour est vertueux, qu'il guérit ou que c'est la seule façon de montrer de l'empathie ? Tu conviendras certainement que non. 

Dans chaque expérience, Il faut essayer de coller au plus près et ne rien sacraliser ou glorifier, se soustraire au manichéisme et aux habitudes de pensées. Sinon on finit par vouloir supprimer la paranoïa, la peur, les sensations négatives. Qui sont en réalité des alarmes psychologiques et biologiques du corps . Parce qu'il ne faut pas oublier que prendre une substance qui modifie en profondeur tes perceptions, ce n'est pas quelques chose de naturel et d'anodin. Alors si tu ne veux pas expérimenter de paranoïa, il faut simplement éviter de prendre ces substances.

(04/08/2018 12:09)R2d2 a écrit : Alors si une psychologie sous trip est fondamentalement et idéologiquement biaisé, faut il pour autant en déduire que l'on ne ramène aucune connaissance de soi, au moins dans ses soubassements inconscients?

Paradoxalement, ça c'est déjà une connaissance.
End
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#9
(04/08/2018 13:36)Mr Sandman a écrit : Chaque expérience te change nécessairement un peu. Par contre je ne sais pas s'il est toujours sain de ramener du chaos un ordre conscient et rationalisé. C'est comme tomber amoureux, c'est un sentiment fort. Faut il nécessairement en déduire que l'amour est vertueux, qu'il guérit ou que c'est la seule façon de montrer de l'empathie ? Tu conviendras certainement que non. 

Dans chaque expérience, Il faut essayer de coller au plus près et ne rien sacraliser ou glorifier, se soustraire au manichéisme et aux habitudes de pensées. Sinon on finit par vouloir supprimer la paranoïa, la peur, les sensations négatives. Qui sont en réalité des alarmes psychologiques et biologiques du corps . Parce qu'il ne faut pas oublier que prendre une substance qui modifie en profondeur tes perceptions, ce n'est pas quelques chose de naturel et d'anodin. Alors si tu ne veux pas expérimenter de paranoïa, il faut simplement éviter de prendre ces substances.

Effectivement je conviendrai aisément que l'amour n'est ni vertueux, ni forcément guerrisseur. Par conséquent je comprends bien cette selon laquelle chercher nécessairement à ramener du rationnel, du chaos, revient à mettre du sens là où il n'y en a pas. A partir de là il est facile de tomber dans les représentations ésotériques, mystiques etc.

Rester à l'écoute des alarmes psy et biologiques, conseil très avisé. Que je pratique déjà, en tout cas que j'essaye de pratiquer.
Après il m'est parfois difficile d'identifier du négatif dans les trips, tant le fait de triper me parait déjà extraordinaire. Comme quand je voyage et que rien ne me déstabilise pas même de me faire confisquer pendant 48h mon passeport en Russie (véridique). J'ai une tendance à tout potentialiser comme expérience, pas forcément positive, mais comme expérience dont on peut tirer quelque chose tels qu'une capacité à gérer son stress, du contrôle, le sens de la diplomation avec la gentille dame qui refuse de donner des explications.

L'analogie trip et voyage fonctionne très fort pour moi et je voyage beaucoup (en irl).

Quand tu dis que ce n'est pas anodin tu touches un point extrêmement sensible, à quel point n'est-ce pas anodin?
A quel point je met mon cerveau sur la table?
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