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{Première fois} Et une, et deux, et trois petites cuillères
#1
Bonjour, bonsoir,


Il y a si peu de TRs finalement de cette substance sans hole... puis comme les gens ont l'air de tous vivre des choses parfois très diverses sous dissos, j'suis assez curieuse déjà de faire l'effort de retranscrire mes ressentis mais en plus de les confronter à l’œil aguerri des psychonauts.


Informations préalables et peut-être utiles :

- 20 piges, 1m73 et la soixantaine de kilos ;
- n'avais pris que du N2O une fois comme disso et de façon pas très convaincante ;
- avec un type (Bob) qu'a déjà tâté le produit et en qui j'ai toute confiance ;
- avec un produit que lui trouve tout à fait bon ;
- de nuit, déambulant dans les rues et se posant à divers points de vue merveilleux sur la ville ;
- dosage inconnu d'autant plus que je sniffe comme une moule.

23h17. Nez humidifié, première toute petite cuillère, narines légèrement massées, nez ré-humidifé. J'aspire pas assez fort, la moitié du prod finit sur le bord de ma narine que j'essuie compulsivement du bout du doigt. On s'remet en route, on passe une grosse vingtaine de minutes à marcher en discutant alors que Bob me dit qu'il commence à avoir les jambes lourdes. Je ne sens encore rien à part un goût amer au fond de la gorge. Les premiers signes sont discrets, très légers : ma vue a l'air un poil plus étriquée, en tous cas il se passe quelque chose d'étrange avec mes paupières. On s'assoit un instant sur un banc. Je sais que je suis pas normale, j'regarde partout autour en essayant de comprendre ce qui a changé, mais c'est trop doux, j'ai glissé si doucement dans cet état que je ne peux rien dire. L'eau passe dans ma gorge sans que j'la sente.


Environ 23h50. On a encore marché un bout de chemin, on s'est rassis tranquillement et on a re-dosé d'un commun accord. Environ la moitié de ce que j'ai pris tout à l'heure. Même rituel, même échec. Sauf que le restant de poudre est dans la cuillère et pas sur mon nez. Deuxième toute petite pointe. La poudre passe vraiment sans la moindre douleur. Je sens un sourire idiot poindre sur mon visage depuis tout à l'heure. On monte un escalier bien trop grand, je ne me sens pas du tout essoufflée, mon cœur bat profondément et lentement et l'eau est toujours imperceptible dans ma gorge.


Arrivés en haut on s'assoit. Je m'allonge un instant les yeux grands ouverts, me redresse. A partir d'ici, concentrons nous d'avantage sur le ressenti que sur une quelconque chronologie.


Je ne le sais pas encore mais ma perception du temps est déjà complètement à l'ouest. Avant le trip, j'avais l'impression que deux heures c'était court, que ça passerait vite, que j'aurais envie de retaper pour en profiter plus longtemps. Rien de tout ça : tout est dilaté, et en même temps, dès qu'un évènement est passé, il est difficile à resituer. Le ressenti, comme avec le LSD, me donne envie de dire quelque chose du genre : tout est pareil mais tout est différent. La comparaison s'arrête là. Là il n'y a pas de paradoxes. Il n'y a pas de mouvement. L'univers n'est pas compressé, décompressé. Non. Le sens du toucher est effectivement modifié mais toucher ne veut pas dire entraîner la totalité du monde dans cet acte de toucher, il n'y a pas de poids qui bascule tout entier dans les doigts et l'objet touché. Non. C'est juste cotonneux (mes membres ne l'étaient pas, rien du tout, mais le toucher devenu si imprécis donnait cette impression). Tout est fixe. Tout est simple. Tout est facile.


Vraiment je peux pas m'empêcher de sourire, de parler, de sentir de très très petits grésillements doux derrière mon crâne que j'assimile à la montée. Une tiédeur empli mon corps tout entier. Ma vue est toujours aussi étriquée. Y'a quelques jeux de perspectives : un escalier qui a l'air de remonter alors qu'il doit descendre, la ville qui a l'air si petite, les pentes trop pentues, mais rien de fou, pas de CEV, juste ce sentiment persistant d'être dans un plan parallèle au plan habituel. Dans mes expériences précédentes avec la D, on a juste fait varier plus ou moins fort le paramètre bonheur mais ça s'est passé dans le monde habituel ; avec le L, le monde habituel était tordu, mâché, décousu, re-coloré, sous mes yeux ouverts ou fermés ; et là... là... je suis parallèle au monde... Et je rigole vraiment pour un rien.

J'étais bien plus à l'aise avec Bob que quand on a pris ce demi-buvard ensemble, où, même si globalement j'étais très contente que l'on soit deux, j'aurais parfois voulu être seule surtout sur la fin. Là c'est parfait : il se confie pas mal, moi aussi, on trébuche tous les deux sur des syllabes, on condense nos propos en une phrase au lieu d'en dire dix comme si tout ce qui était sous-entendu était évident. Toutes nos interactions sont teintés de cette tiédeur interne et le prendre dans mes bras est agréable, avoir sa main dans la mienne est agréable, être loin physiquement est agréable ; le silence ou le bruit, tout est égal, tout ce que je ne veux pas c'est de la musique.

Je suis allongée les yeux fermés, et je flotte en moi.

Je me lève, marche, ne me rends pas compte que je trébuche jusqu'à heurter doucement le mur à ma gauche. Nouveaux rires. On marche vraiment comme des crabes de face, les genoux un peu pliés pour essayer de garder une contenance. Je croise les bras sur un muret qui donne sur la ville en contrebas, le décalage est léger mais perpétuel entre mes gestes et le ressentis de mes gestes. Globalement, tout est merveilleusement calme et je balaye par deux fois assez vite les légères angoisses qui s'immiscent dans le trip, elles qui essayent de teinter ce moment tout blanc par des pointillés noirs (c'est ce à quoi ça ressemble visuellement sous mes yeux). Par certains côtés, ça collait avec l'idée que je m'étais faite de l'héroïne. Sauf que ça affecte mes déplacements et profondément mon rapport au monde. Sauf que j'ai l'impression d'être perdue et de savoir parfaitement où je suis. Sauf que je perçois comme un recul... psychédélique ? sur les choses.

A regarder les bâtiments qui s'étalent à l'horizon presque comme des jouets superbement détaillés, je pense aux institutions diverses, aux cadres de nos représentations, aux limites des relations humaines, et comme l'ensemble de ces constructions peut parfois me peser. Elles paraissent si vaines en ce moment. Elles paraissent si loin, si décalées. Pourquoi on aurait passé des siècles à construire des pays, des gouvernements contrôlant des populations gigantesques auxquelles on essaie de trouver une unité, une identité ? Pourquoi on s'amuse à développer toute cette technologie toujours plus avant alors que j'ai déjà l'impression qu'on est incapable d'en faire un usage qui nous rende heureux ? On a gagné du temps sur le ménage, le repassage, etc. on a accès à une quantité de connaissances et de gens dingues via internet, et je fais quand même de la merde de tout ce temps libre, et j'crois pas être la seule.

Et les relations humaines ? J'ai droit à 4 cases pour l'ensemble des gens que je rencontre ? Ils ont pas dû prendre de kétamine les gens, sinon ils auraient trouvé ça ridicule, sinon leur priorité ça aurait été autre chose. Et puis ceux bourrés qui s'amusent dans un parc pour enfants, ils vont avoir la gueule de bois et pas moi, et tout aura été tellement plus loin, tellement plus clair. Tout ça se sont des réflexions à chaud, livrées brutes. Je n'en ai senti ni l'amertume ni le dédain, j'étais toujours souriante, apaisée, alors même que tout ça était prétentieux et partiellement injuste. J'atterris avec une lenteur indescriptible jusqu'à 3h30, tandis que l'on marche au moins une bonne heure, l'effet anesthésiant disparaissant peu à peu pour laisser mon genou exprimé toute la rancoeur qu'il a pour moi.

Je ne suis pas absolument normale en me couchant, mais surtout je ne sais plus trop ce que d'être dans un état "normal". Je m'endors, un opéra inconnu dans les oreilles, des fleurs noires et blanches en guise de chanteurs. Réveil 5h plus tard en grande forme, souriante, une motivation de dingue.

C'était génial, c'était très perturbant, c'était il y a deux jours et déjà ça parait si loin.
C'était une modification vraiment en aval de mes perceptions et mettre des mots dessus est si compliqué.

Au plaisir.
J'ai pas essayé de comprendre, comprendre était aussi visuellement en train d'arriver.
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#2
Beau tr! Smile
Tout est une question de point de vue.
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#3
Yep c'est une belle expérience !

Sinon pourquoi tu ne tapes pas avec une paille qui t'enverrait la poudre bien au fond de la narine plutôt que de sniffer à l'arrache à travers les poils du nez ?
Le Plus Appelle Le Plus
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#4
Merci à vous deux.

Laura > Pour aucune raison à part celle de n'avoir aucun roule-ta-paille sur moi. Et aucune envie de m'fiche une paille faite d'un des morceaux de feuilles de brouillon bien dégueulasses qui trainent au fond d'mon sac depuis des lustres dans le nez. Clairement c'est pas du tout l'idéal. Cela dit je savais pas que j'allais taper ce soir là, encore moins que ce serait de la kéta. C'est le combo superbe nuit de printemps, curiosité grandissante vis-à-vis des dissos, de celui-là en particulier, occasion qui se représenterait pas de si tôt et motivation du collègue qui ont fait que.
J'ai pas essayé de comprendre, comprendre était aussi visuellement en train d'arriver.
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